N'oubliez pas de regarder le massacre des mancenilliers !
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Se taire. N'exprimer aucun besoin, aucune émotion. Ne pas faire la conversation en dehors de sa tête. Produire le moins de bruit en se déplaçant. Regarder vers le bas à travers une fenêtre de tissu grillagé. Tenir cette main gantée qui m’empêche de me perdre .Ne pas ralentir la cadence. Faire preuve de vigilance pour ne bousculer personne. Se concentrer, rester focaliser. Faire abstraction de l'environnement et du danger. Sortir, acheter le nécessaire pour cuisiner et rentrer; ainsi s'achève la mission et le contact avec l'extérieur.
En rentrant, Laleh enlève sa burqa et court vers l'évier pour se servir un verre d'eau. La chaleur à l’extérieur est extrême. Elle se fait reprendre par sa tante. Courir dans la maison est proscrit. Laver les légumes, les éplucher et les couper est son devoir et son ennui quotidien. Sa tante s'acharne à enlever toute la chair présente sur la demie carcasse de poulet. Seul le bruit et l'odeur des oignons qui reviennent dans l'huile d'olive, anime la maison. Il n'y aura pas de navet dans le ragoût d’aujourd’hui. Le prix sur le marché était bien trop élevé.
Une fois sa tâche accomplie, elle se dirige vers le salon, prend son coran et l'étudie. Laleh sait lire, c'est son baba qui lui a appris lorsqu'elle était jeune. Ce temps est en réalité un moment de rêverie programmé dans ses journées mornes et monotones. En l'ouvrant, elle retire discrètement une photo de sa famille, qu'elle dissimule entre la quatrième de couverture et la garde fixe très légèrement décollée. Elle caresse, à plusieurs reprises avec son pouce, le visage radieux de sa mère. Parfois lorsqu'elle est seule, elle l'embrasse et la serre contre son cœur. La maladie a emporté sa maman, il y a déjà six ans maintenant. Ses yeux se posent sur sa sœur Nargis. Cette dernière, son père l'a maria pour 208 000 afghanis. Un jour, en rentrant du marché, où elle s'était rendue seule, alors que Laleh la cherchait, son baba lui annonça que sa sœur ne reviendrait pas, et qu'elle honorait désormais son mari. Elle n'avait jamais compris la décision de son baba. Comment un homme si cultivé avait'-il pu sombrer et s'accorder aussi facilement aux règles des talibans? Cette question la hantait. Lui qui était d'un naturel enthousiaste, philanthrope et affectueux. Son baba s’était métamorphosé physiquement, moralement et mentalement en quelques mois, perdant progressivement ce qui le rendait humain. Il riait en expliquant aux autres chefs de famille que les femmes étaient comme des mancenilliers. Toxique en tout point. Les réduire au silence semblait être pour lui une bonne nouvelle. Elle n'avait guère assez de réflexions pour gérer les affaires importantes et les mettre à l'école, une perte de temps. Cela ne l'embarrait point de corriger Laleh avec sa ceinture dès que lui paraissait nécessaire. La liberté des femmes n'était plus qu'une valeur passée dont aucun dirigeant ne souhaitait guère se souvenir.
Laleh n'aimait pas se rappeler de lui ainsi. Elle plongea plus loin dans ses souvenirs pour y retrouver, l'espace de quelques instants, celui qui venait la chercher à l'école et l'emmener explorer la flore afghane. Son père, docteur en botanique et écologue, choisissait des spécimens à découvrir avec sa fille, espérant secrètement de lui transmettre son goût pour la recherche. Ils prenaient une feuille dans leurs sacoches et avec un crayon, griffonnaient leur sujet d'étude jusqu’à pas d'heure. « Ne voyant le temps défiler, ils rentraient tard. À peine arrivés, Laleh était emmenée par la domestique pour changer de vêtements et faire un brin de toilette avant le repas. Elle se souvenait d’adorer regarder ses parents lorsqu’elle montait les escaliers. Lorsque sa mère arrivait fâchée dans le hall, son père l’empêchait de parler en l’embrassant tendrement et faisait avec elle quelques pas de danse. Elle virevoltait, glissant sur le marbre blanc, laissant échapper un sourire radieux et des rires qui emplissaient la pièce d’un bonheur immédiat. Soudain, elle sentit les larmes glisser le long de ses pommettes. Elle les essuya et referma le Coran violemment. Elle ferma ce livre sacré comme pour clore le chapitre de sa vie passée. Son baba avait été mortellement blessé lors de l’attentat de l’université de Kaboul en juillet dernier. Sa famille n’existait plus, et elle se sentait disparaître jour après jour.
*
Ce bruit sec attira l’attention de sa tante. Elle lui jeta un regard courroucé. Laleh la vit se diriger vers elle, cuillère en bois à la main, et elle se protégea en se mettant en position fœtale. Sa tante lui asséna plusieurs coups sur le dos en répétant : « Respecte le prophète et sa parole. » Laleh devait supporter, lèvres closes, la douleur de ces gestes. Elle savait qu’elle était un poids pour sa tante. Elle ne pouvait être vendue, car elle n’était pas encore réglée. Cet élan de violence fut interrompu lorsqu’une personne toqua à la porte. Laleh profita de l’inattention de son bourreau pour se lever et filer dans une autre pièce. Elle n’entendait plus que les murmures dans sa tête lui chuchoter que cela devait cesser. Cette vie, enfin cet enfer, devait s’arrêter.
Cette voix qui ôta Laleh de ses pensées était celle de sa tante Firoza. Elle était la sœur de son baba. Laleh ressentait toujours un soulagement immense lorsqu'elle la voyait. C'était la preuve que sa tante avait survécu une semaine de plus. Elle venait chaque semaine apporter le traitement contre les intolérances alimentaires de Laleh. Il s’agissait de sept petites boules de résine de férule d’une couleur ocre et très opaque, placées dans un pot en verre,qui devait être protégé de la lumière.
Laleh devait en prendre une par jour à heure fixe afin de ne pas voir sa peau s’orner de plaques rouges. Elles avaient une texture caoutchouteuse et un goût à réveiller les morts.
Firoza préparait elle-même cette médication. Elle suivait scrupuleusement la recette de son frère. Elle devait récolter la résine, la faire sécher et la portionner avant de nous l'amener.
Laleh et Firoza eurent un échange visuel. Leurs regards se disaient ce que leurs bouches ne pouvaient prononcer. Firoza avait refusé de prendre Laleh à la mort de son père. Cette décision lui déchirait les entrailles, mais elle pratiquait la médecine dans le dernier hôpital de la ville, ce qui la rendait vulnérable. Elle craignait que, sans chef de famille pour la protéger, Laleh soit souillée ou tuée par des soldats. Deux femmes seules dans une maison, cela était inconcevable sous ce régime. Les personnes suspicieuses ou mal intentionnées pouvaient rapporter des accusations sans preuves réelles. Firoza était une cible. Elle le savait. Elle décida de confier Laleh à sa cousine Zaineb, sous l’autorité de son mari Farad. Ils n'avaient jamais eu d'enfant et voyaient en Laleh une source de revenu. Ils étaient durs, mais les rumeurs, les accusations et les jugements étaient hâtifs, et la charia était impitoyable. Avec eux, elle serait protégée dans une certaine mesure. Laleh quitta sa maison familiale y délaissant quelques moments de vie précieux. Son oncle et sa tante habitaient quelques rues plus loin,cependant, elle ne revit jamais sa demeure.
Firoza avait longuement expliqué à sa nièce les raisons de son placement. Elle semblait avoir compris, mais au fond, Laleh vivait cela comme un abandon supplémentaire. Elle espérait secrètement repartir un jour avec Firoza. Elle priait pour qu’elle la choisisse et délaisse la médecine. Laleh savait que le jour où elle saignerait pour la première fois, elle serait vendue. Sa tante et son oncle n’étaient pas dans le besoin. Ils savaient qu’en attendant encore un peu, ils tireraient une meilleure dot de leur fille adoptive. Leur seule mission était de la maintenir obéissante, dévouée et belle afin d’en tirer le meilleur tribut.
*
Dès le départ de sa tante, Laleh retourna s’asseoir sur les tapis superposés qui jonchaient la terre battue. Elle passait machinalement entre ses doigts deux petites pierres polies, sous son chador, afin d’apaiser son stress. Lors de ces moments d’inertie, Laleh passait son temps à chercher le meilleur moyen de quitter ce monde.Elle avait perdu l'amour, la liberté et l'impression d'être un être humain. Elle avait déjà envisagé de s’enfuir, mais elle avait abandonné cette idée. En dehors de cette maison, elle n’avait jamais eu aucun échange avec un autre humain. Personne n’était donc susceptible de l’aider à partir. Elle n’avait pas d’argent, aucune connaissance du territoire, et elle n’avait repéré aucun lieu où se cacher. De plus, si elle venait à être retrouvée, elle ne savait pas quel sort lui serait réservé. Les choses étaient claires: tout ce qui pouvait lui arriver de pire vivait autour d'elle. La mort, pensait-elle, était donc bien le repos éternel. La fin de ses souffrances psychiques et physiques. Les douleurs laissaient des cicatrices visibles et invisibles, tant sur son cœur que sur son corps. Laleh en était persuadée, mourir serait la meilleure des solutions. Pour sauver sa vie, elle devait mourir. Elle estimait que mourir maintenant, dans une maison qu'elle connaissait, sans rendre quiconque orphelin, était la solution finale la plus judicieuse.
Elle fut interrompue dans sa réflexion par sa tante qui lui jeta un essuie trempé au visage en criant : « Il est l’heure ! » Il était 17 h 25, précise. Tous les jours, à ce moment exact, Laleh devait effectuer les rituels de loyauté conçus et exigés par son père.. Il s’agissait d’une série d’actions à réaliser dans un ordre rigoureux. En effectuant ces gestes répétitifs, les jeunes femmes montraient qu’elles respectaient leurs patriarches et qu’elles étaient obéissantes. Lors de son emménagement, son oncle transporta le nécessaire pour qu'elle puisse les réaliser et fit une installation à l'identique. Ces rituels avaient lieu autour de la maison, sous la surveillance étroite d’un membre de la famille. Les premiers jours, Zaineb l’a suivie dehors, puis, au fur et à mesure, elle laissa Laleh seule autour de la maison. Zaineb jetait rapidement un œil de temps à autre.
Laleh mit sa burqa avant de sortir et commença. Le premier geste était de se piquer le bout de l’index avec une aiguille, suffisamment fort pour que le sang coule. Elle se dirigea ensuite vers une rangée de pierres. Son père avait pris la peine de faire une rangée avec sept pierres. Il avait placé un bout de bois à gauche de cette rangée. Laleh devait prendre une pierre et la déplacer de l’autre côté de ce morceau de bois. Une pierre par jour. Au bout du septième jour, elle faisait passer les pierres de gauche à droite. Cela faisait deux ans que Laleh déplaçait les pierres d’un côté à l’autre de cet obstacle. Elle devait ensuite poser, au centre, une goutte de sang sur la pierre. Il lui fallait par la suite se rincer les mains et laver le sang présent sur la roche de la veille avant de la redéposer à sa place. Dans un quatrième temps, elle devait prendre le fer à cheval, faire quatre fois le tour de la maison en marchant lentement, sans jamais lever la tête. Pour terminer, elle devait attendre à genoux devant la porte qu’on l’autorise à rentrer. Laleh ne supportait plus ce petit jeu malsain que son père avait instauré. Elle avait l'impression d'être un animal de cirque auquel on avait appris un tour. N’était-elle donc que ça, un animal à dresser, auquel concède de l'eau, de la nourriture et un toit! C'est la question qu'elle se posait constamment.
Elle se sentait également désolée pour les autres jeunes filles du village. Leurs pères avaient copié le sien. Malheureusement, certains pères faisaient preuve d’une grande cruauté et se délectaient d’humilier leur fille. Chaque chef déterminait l’heure et les actions pour se sentir honoré. Ce test prendra fin uniquement à la mort de la femme et cela peu importe son âge.
*
Au bout de quatorze minutes insoutenables à genoux, sa tante la fit entrer. Laleh avait le droit de reprendre son Coran. Elle se plaçait toujours au même endroit. Ce point stratégique lui permettait de voir toute la maison et d’observer les mouvements de sa tante. Elle guettait le moment où Zaineb allait faire sa toilette. Elle savait qu’elle disposait de quelques minutes pour agir librement. Elle attendait d’entendre le bruit de l’eau dans le seau pour commencer son inspection.
Laleh se dirigea silencieusement vers l'armoire des produits ménagers. Elle y avait vu la veille les produits placés tout au fond . Sa petite taille ne lui avait pas permis de lire l’étiquette. Elle prit un tabouret, monta dessus et attrapa une à une, délicatement, les cinq bouteilles : vinaigre, javel, détachant à base de plantes et acide sulfurique. Elle retourna cette dernière et vit une tête de mort. Elle avait déjà vu sa tante s’en servir pour décaper des récipients en acier. Elle la considérait comme son passeport pour la liberté. Dans cette idée, seule la légèreté de la bouteille l’inquiétait, mais elle estima que quelques gorgées suffiraient. Elle replaça tous les produits, ferma l’armoire, replaça le tabouret à sa place exact et retourna s'asseoir. Laleh pensa avec soulagement que demain, à cette heure-ci, tout serait enfin terminé.
Son oncle rentra du travail quelques minutes plus tard. Elle se précipita pour l’aider :prendre et ranger ses affaires, tout en lui apportant un grand verre d’eau. Sa tante arriva pour lui servir à manger. Laleh et Zaineb changèrent de pièce et restèrent assises silencieusement. Une fois son repas terminé, il allait se coucher sans prononcer un mot. Elles mangeaient après lui, les restes du repas, nettoyaient la vaisselle avant d'aller se coucher à leur tour.
Toute cette nuit, Laleh repensa à son choix. Elle repassa mentalement aux autres façons de s’ôter la vie. Elle avait peur d’une seule chose : qu’une personne intervienne et la sauve, enfin la condamne à une mort plus atroce. Laleh essaya de ne pas penser à la douleur qu’elle pourrait ressentir. Elle se convainquit que cela ne durerait qu’une ou deux minutes. Qu’est-ce qu’une ou deux minutes pour accéder à la paix éternelle ?
Elle attendrait que sa tante aille se laver pour se libérer. Elle se prépara mentalement au processus : « après les rituels, s’asseoir, prier et demander Pardon, prendre le tabouret, monter dessus, saisir un verre en verre, pas en plastique car il fondrait au contact de l'acide, ouvrir l'armoire, saisir la bouteille, boire juste boire et avaler sans tenir compte du goût, ne pas crier pour ne pas alerter, surtout ne pas crier ! »
Elle se répéta plusieurs fois ces actions comme pour rendre le processus automatique.
Pendant ces dernières heures nocturnes, Laleh se remémora sa vie avec sa famille:sa sœur qui au lieu de l'embrasser le soir, lui lécher la joue pour la faire rire, son baba qui lui racontait des histoires en lui montrant les constellations dans le ciel. Elle espérait pouvoir les retrouver. Elle craignait que son geste ne l’empêche d’accéder au jardin de la paix éternelle. Elle pria alors longuement et eut une longue conversation mentale avec son prophète pour lui demander de la pardonner et lui expliquer les raisons de son geste. Elle espérait qu’il la pardonnerait, car finalement, il voyait tout. Il devait bien voir son âme éclatée en mille morceaux et sa douleur transpirait par chaque pore de son corps. Elle s’endormit en repassant aux bras chaleureux de sa mère qui l’enlaçaient et au parfum de jasmin qui se dégageait de sa chemise.
*
Les premiers rayons du soleil toucha la peau froide Laleh. Son lit en bois grinça sous ses premiers étirements. Sa tante entra, lui ordonna de sortir d'un geste de la main et vérifia son matelas en mousse. Elle cria, comme chaque jour, à son mari : toujours pas ! » Laleh prit la direction de la salle d'eau. Elle mit de l'eau froide dans le seau et se lava. Elle mit son chador noir pour vivre sa dernière journée. Elle aurait aimé mettre le bleu lune ornait d'une borderie dorée mais elle aurait attiré l'attention. Cette tenue n’était portée que pour les grandes occasions. Maintenant qu'elle avait toutes les cartes en main, que son plan était clair, il était hors de question qu'il échoue.
Elle prit son petit- déjeuner constituait d'une omelette et d'un yaourt. Elle se fit reprendre par sa tante qui estimait qu'elle prenait trop de temps pour manger. Laleh riait silencieusement, elle prenait simplement le temps de déguster et de sentir l'ensemble des saveurs de son repas. Laleh
ne subit pas cette dernière journée. Au contraire, les corrections ou ordres donnés lui rappelèrent qu'elle avait pris une bonne décision. Elle décomptait les heures avant sa libération. Elle prenait ses temps d'études du coran très au sérieux tout-en serrant sa photo familiale entre ses mains. Elle alla une dernière fois au marché, lava , éplucha et coupa les légumes. Elle pria, encore et encore en fixant parfois maladroitement l'armoire. Son cœur ralentissait dès que sa tante l'ouvrait. « Ne prend pas la bouteille ! Pitié, pas la bouteille !», hurlait elle dans sa tête. Cette journée, c’était sa journée d'adieu et personne n'avait le droit d'entraver son plan.
17 h 25 sonna. Elle mit sa burqa, sortit, se piqua l’index, déplaça une pierre de l’autre côté du bout de bois, plaça une goutte de sang au centre, prit celle de la veille, se rinça les mains et lava la pierre. Elle la replaça au même endroit. Elle prit le fer à cheval et fit un premier tour, puis un deuxième. À la moitié du troisième, elle ria légèrement et entendit le son de sa voix, mais se tut très vite pour ne pas se faire punir. Elle poursuivit et termina son quatrième tour. Elle posa le fer à cheval et s’agenouilla, la tête baissée. Alors qu’elle attendait que sa tante vienne, elle comprit avec soulagement que son supplice prenait bientôt fin.
Alors qu’elle attendait, la tête baissée devant la porte de sa maison, une fourgonnette arriva, la saisit violemment et repartit avec elle à son bord. À l’arrière du véhicule, Laleh hurla de terreur et de désespoir. Dune voix haute et forte, elle criait : « Non ! Pourquoi ! Non ! Non ! Non ! ». Elle n’arrivait même plus à respirer, car ses sanglots de désespoir l’en empêchaient.
Un des ravisseurs posa les mains sur ses épaules pour la maintenir. Elle se débattait de toutes ses forces, continuant à hurler. La personne qui la maintenait la gifla, lui ordonnant de cesser. Laleh se recroquevilla au fond de la camionnette. « On m’a volé ma vie, voilà qu’on me vole ma mort ! » pensa-t-elle.
Le véhicule s’arrêta après plusieurs kilomètres. L’homme, qui était avec elle à l’arrière, lui demanda si elle savait lire. Elle acquiesça par un signe de tête, sachant qu’elle pouvait être punie si elle répondait oralement. Il lui déposa une lettre, sortit du véhicule avant de le verrouiller.
Laleh essaya de sortir, mais en vain. Elle prit la lettre froissée, l'ouvrit et reconnut instantanément l’écriture de son père. Elle lut :
« Ma tendre et douce tulipe,
Tu ne dois pas bien comprendre ce qui t’arrive. Cesse de t’inquiéter. Mes amis sont là pour t’aider et t’emmener en zone libre où tu retrouveras Nargis. Elle t’attend !
Moi, je vais vous rejoindre un peu plus tard !
Écoute mes amis, fais exactement ce qu’ils te disent. Tout ce que j’ai fait, c’était pour votre bien ! Ta sœur t’expliquera !
Je t’aime ma petite chérie, bien au-delà de tout ce que tu peux imaginer !
Ton baba qui t'aime fort ! »
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