Je l’avais perdu. Un jour sombre où chacun faisait ressortir le monstre qui était en lui. Depuis lors, plus rien n’était pareil, et ma vie avait un goût particulièrement amer.
On me surnommait « la folle aux chats ». La démarche nonchalante, j’errais tel un fantôme. Les passants me suivaient du regard, avant de s’éloigner. Parfois, j’entendais des murmures, des « c’est elle ! ». Je ne me retournais pas,
me contentant de chercher…
Mon pantalon était noir de poussière et mes longs cheveux bruns, emmêlés, tombaient sur ma tunique vert pâle. Cette dernière était aussi trouée que tachée. Mais cela n’avait aucune importance.
Ça n’avait pas toujours été comme ça. Je dirais même qu’il y a quelques années, l’image que les autres avaient de moi était complètement différente. Avant ce maudit jour…
Je m’en souviendrai toujours, une sonnerie retentit. C’était mon vieux téléphone à clapet noir et gris, posé sur la table en verre, que je peinais à nettoyer à chaque fois. La musique venant de chez ma voisine couvrait presque la sonnerie. Ma voisine, Claudine, était une quadragénaire au look noir et rouge, mettant en avant son obsession pour le flamenco. Les premiers jours, nous nous entendions plutôt bien, mais ça, c’était avant qu’elle ne mette tous les jours sa musique à fond jusqu’à 4 heures du matin… Je le lui avais évidemment dit. Depuis ce jour-là, c’était la guerre froide.
Le téléphone continuait de sonner, mais je ne répondis pas. À la place, je le mis dans ma poche, avant d’attraper des croquettes et de l’eau en bouteille. Puis, je sortis en face de chez moi. Là où des planches, au bois qui s’effritait, remplaçaient les portes d’un vieux bâtiment, là où le toit était à moitié effondré, là où les murs n’avaient pas besoin de fenêtres pour voir au travers.
Et là où le sol était recouvert de couches sales pour bébé, de crottes de chiens et d'éclats de bouteilles d’alcool. Je ramassais comme toujours quelques déchets. Accompagnée d’une quinzaine de miaulements distincts qui m’attendaient patiemment. A quelques mètres, les chats sortaient par un trou de l’une des planches qui avait pourri avec le temps. Et tous avaient un nom ! Jumper s’approcha en miaulant, la tête et la queue hautes, puis s’assit à mes pieds en léchant son pelage gris et rayé, pendant que Caramel attendait patiemment les croquettes en me donnant des petits coups de l’une de ses pattes blanches et rousses. Il y avait aussi cette minette que j’avais hésité à nommer… « Câline » ; elle avait une robe isabelle, une tête ronde et de grands yeux vert pomme, elle se frottait toujours contre mes jambes avec tendresse, je l’avais finalement nommée : Rubis… Ces félins… personne ne les prenait dans leurs bras, personne ne s’interposait lorsqu’un ou plusieurs jeunes leur lançaient des cailloux juste pour s’amuser, personne ne leur amenait ni nourriture ni eau ou simplement ne leur disait « je t’aime ».
À part moi.
Rubis, Jumper, Caramel, Froufrou, Grisoune, Tenko et tous les autres étaient comme moi. Sans famille.
Je remplissais leurs gamelles et restais un long moment en leur compagnie quand soudain mon vieux téléphone sonna de nouveau.
Un numéro que je n’avais pas enregistré. Cette fois je décrochai.
Allô ?
Allô, c’est Julie, tu vas bien ?
Oui, ça va et toi ?
Ça va merci, dis, je suis vers le Café de la Source, tu me rejoins ?
Euh… je regardai mes protégés. Oui, pourquoi pas ! dis-je souriante.
D’accord, on se rejoint là-bas, ciao !
Julie, je l’avais rencontrée il y avait quelques jours, en bas de chez moi. Avoir une nouvelle amie me mettait du baume au cœur. Cette journée s’annonçait paradisiaque. Malgré cela, j’entendais, au fond de moi, une voix lointaine, hurler de toutes ses forces, de colère ou de désespoir :
« N’y va pas ! »
« C’est sûrement de l’appréhension », me disais-je, en faisant un signe d’au revoir à mes petits protégés.
- Je reviens, les chéris, soyez sages !
Rubis me suivit pendant quelques pas, je l’attrapai avant de la serrer contre moi : « Je t’aime, ma puce. » Je la posai ensuite à terre et continuai mon chemin dans la rue sale de St Mathieu. Accompagnée par les miaulements de ma famille féline. Je rejoignis Julie au Café de la Source. Cette dernière portait un accessoire, un long chapeau noir et pointu. Qui, avec sa longue chevelure blonde, faisait ressortir ses yeux bleu clair. Nous avons marché jusqu’à la place République. Il y avait foule. Des enfants et adultes recouverts de draps, de fausses entrailles, de plaies ensanglantées, de tenues noires déchirées avec divers accessoires. C’était au café « Le Petit Moka » que nous nous sommes installées et mises à refaire le monde. Entre deux conversations, je sortis le téléphone de ma poche. Plusieurs heures étaient passées. Julie me parlait de ses enfants.
Je suis tellement fière d’eux, me disait-elle.
Moi je n’ai pas d’enfants, j’ai une famille féline à la place, je suis fière car je m’en occupe plutôt bien.
Le regard de Julie changea.
Tu ne devrais pas t’attacher à ces chats errants.
Pourquoi dis-tu cela ?
Eh bien, quand ils vont mourir tu n’auras plus personne.
Oh tu sais, ils sont jeunes, je les ai vus grandir et…
Le téléphone de Julie bipa, sans le vouloir je vis le SMS : « C’est bon. » D’un geste vif elle attrapa son téléphone et sans que je ne comprenne pourquoi, son visage se durcit, la tête haute elle me regarda d’un mépris qu’elle ne cachait plus.
Bon, je dois te laisser, bonne surprise pétasse ! fit-elle en tournant les talons.
Attends, qu’est-ce qui se passe ? J’ai fait quelque chose ? dis-je complètement prise au dépourvu… Je fronçai les sourcils… Que se passait-il ? Pourquoi cette réaction ? Pourtant tout s’était bien passé jusque-là… Je restais là, bloquée d’incompréhension, les larmes me montant aux yeux, pendant que Julie s’éloignait fièrement comme une reine ayant mis le feu au château ennemi…
Soudain une pensée m’envahit l’esprit : les chats vont-ils bien ?!
Je fis de petites enjambées, puis de plus grands pas, et me mis à courir à toutes jambes, le visage crispé, la boule au ventre.
« Non, je me fais des idées, Julie est une personne bien, elle doit avoir des raisons de réagir comme ça… C’est sûrement moi avec mes blagues complètement nazes et mon rire de… »
Le souffle court, je vis, du bout de la rue, ce qui semblait être un animal allongé. En me rapprochant, je le reconnus immédiatement : Jumper.
Il avait le crâne fracassé et était couché dans une petite mare de sang.
« Jumper… oh mon Dieu, qu’est-ce qui s’est passé ? » Je retirai ma veste en laine grise et l'entourai délicatement avec, afin de le prendre dans mes bras ; tremblante, je caressai son pelage. Il n’y avait plus rien à faire. Les pas lents, la tête basse, j'avançai et remarquai, plus loin, plusieurs petits « tas » par terre. Je me rendis compte que Jumper n’était que la partie visible de l’iceberg… L’autre partie était là, ma famille féline. Décimée sous mes yeux.
Leurs corps détruits par la violence humaine, étalés par terre dans leur sang, les morceaux de verre et la merde. Posés là, comme une vengeance,
une provocation.
Je tombai à genoux, gémissant, caressant leurs pelages. « Mes bébés, ce n'est pas possible ! Je suis tellement désolée… » la gorge serrée, je mis les mains sur mon visage, les larmes qui coulèrent ne parvenaient plus à s’arrêter. Je répétais en boucle : « Mais qui avait pu faire ça ? Et pourquoi ? » Entre deux spasmes, je cherchais Rubis des yeux.
Elle n’était pas là.
- Pardon madame, moi aussi j’aimais bien ces chats… fit une voix enfantine derrière moi.
Je m’essuyai le visage sans parvenir à m’arrêter de pleurer. Lorsque je me retournai, je vis que la voix était celle d’un enfant d’une dizaine d’années. Il était habillé d’un jean clair déchiré aux genoux, d’un T-shirt beige et d’une casquette de même couleur. Je remarquai que l’enfant gardait la tête baissée.
Ils étaient adorables, je comprends pas, sanglotai-je. Qui ? Qui a bien pu faire cela…
C’est… ma famille, lâcha-t-il. Ils avaient besoin d’argent et la dame d’en haut leur a dit qu’elle paierait chaque chat mort 10 €… Je leur ai dit que c’était pas bien mais ils ne m’ont pas écouté…
La dame… d’en haut ? demandai-je à l’enfant.
Ce dernier montra du doigt une fenêtre à la vitre fêlée réparée grossièrement avec du scotch : celle de ma voisine. Claudine. Me redressant de tout mon long, droite comme un I, je regardai fixement sa fenêtre. Mon cœur battait lourdement dans ma poitrine, la responsable, c’était elle.
D’un pas franc je me dirigeai vers sa porte en bois à la peinture bleue défraîchie, avant de la frapper cinq fois du poing avec fermeté. La voisine, habillée de son éternel haut noir à fleurs rouges, ouvrit la porte. La clope au bec.
Un problème ?
C’est toi mon problème ! Tu as payé des gens pour tuer les chats ? dis-je d’un souffle, les mains tremblantes, mais la voix d’une clarté déconcertante.
Le regard froid et fixe, le sourire aux lèvres. Claudine me répondit :
OUI et alors ? Je vois pas où est le problème, c’était une invasion.
Une invasion ?
Oui, une invasion, maintenant tu me fous la p…
Elle n’eut pas le temps de finir que je frappai de toute la force dont j'étais capable dans sa porte. Elle s’ouvrit à la volée. J’entrai chez elle, avant de l’attraper par les cheveux et de la cogner au visage. Elle me poussa des deux mains et monta les escaliers puis tenta de fermer la porte du haut. Sans succès. D’un coup d’épaule avec une rage que je ne me connaissais pas, je poussai la porte. Quand soudain je vis son chien, un staff noir et blanc, avancer vers moi en aboyant. Par réflexe, j’attrapai un couteau de cuisine sale posé sur le plan de travail à côté d’une demi-tomate. Et le tendis devant moi. Faire du mal au chien n’était pas mon objectif, mais après tout, cette vipère avait tué mes protégés, pourquoi n’aurais-je pas le droit de faire de même ? Pourquoi son animal devrait vivre, alors qu’ELLE avait fait tuer ma famille féline ?
Il fallait que j’efface cette idée de ma tête. J’avais toujours aimé les animaux. Leur faire du mal ne me ressemblait vraiment pas. Mais, sans crier gare, j’entendis la vipère ordonner d’une voix rauque:
Attaque, Tyson ! Attaque !!
Le staff comprit l’intention. Il me sauta dessus. Par réflexe, je me protégeai avec le bras gauche. Et sentis les crocs de l'animal se planter dans ma chair. Serrant les dents de douleur, couteau en main et dans l’urgence, je plantai sa lame dans le côté gauche du chien. A plusieurs reprises. La voisine poussa un cri suraigu, Tyson lâcha son emprise, laissant échapper un couinement de douleur.
TYSON ! NON !! Hurla Claudine.
Son assurance avait laissé place à une panique incontrôlable et à l’impuissance. Et moi je ne cessais de me répéter : elle a tué mes chats ! Elle a tué mes chats !!! Comme une véritable obsession.
Arrête ça ! Appelez la police ! Appelez la police ! hurlait-elle. Comme si j’étais un monstre. Mais le réel monstre n’était pas moi.
Ferme-la !
Je la poussai contre le frigo blanc qui bascula, le couteau semblait être parti tout seul et se planta dans son œil gauche… Le sang coula sur son visage complètement déformé par la douleur. Tandis que mes deux mains serraient sa gorge. Le couteau toujours planté dans son œil. Son visage devenait rouge, et virait dangereusement au bleu. C’est alors que, d’un bref coup d’œil, je vis sur le frigo une photo la représentant, elle avec quelques années de moins, accompagnée de deux enfants. Je pensai soudain : était-ce vraiment la personne que je voulais devenir ?
Je réalisais ce qui se passait, si je la tuais, d’une certaine manière, elle gagnerait. Si je la tuais, le monstre ce serait moi. Et je ne pouvais pas devenir un monstre à cause d’elle. Mes mains se desserrèrent. Claudine reprit une longue respiration, tout en se mettant à tousser longuement. Son visage bleu reprit un peu de sa couleur naturelle. Je tournai les talons, laissant derrière moi ma voisine à l’œil crevé et le corps allongé de son pauvre chien, perdant à chaque seconde un peu plus de sang. C’est le visage sans expression que je descendis lentement les escaliers, accompagnée des sirènes des voitures de police. Ces dernières vinrent me chercher quelques minutes plus tard…
C’était la première fois que l’on me mettait les menottes. Et que je montais dans une voiture de flics, il y avait une étrange odeur de vanille. Je passai plusieurs heures à être interrogée, les mêmes questions revenaient et je donnais toujours le même scénario. Évidemment la plupart des flics ne comprenaient pas. Puis vint l’heure du tribunal, j'ai été comdamnée à du sursis. Cinq ans, dont une année ferme. Alors que Claudine eut trente mille euros d’amende pour cruauté animale.
À mon retour de prison, j’appris qu’elle avait déménagé, loin de cette région. Et qu’elle avait « bien changé ». Bien plus tard, je sus que Julie était en réalité sa sœur… Étonnamment, cette histoire était passée dans les journaux.
Je me rendis compte que j’avais désormais une réputation divisée. Certains disaient que j’étais courageuse, une vraie guerrière qui se battait pour ceux qu’elle aimait. D’autres, que j’étais juste une folle qui aimait trop les chats. Ceux-là m'appelaient « la folle aux chats ». Le jugement était partout, mais je me résignais à l'idée de partir. Il y avait un goût d’inachevé. Je n’avais pas retrouvé Rubis. De tous les chats, seul son corps demeurait introuvable. Alors je la cherchais, j’appelais, déposais des affiches, en vain. Je l’avais perdue, peut-être à jamais. Cinq ans étaient passés et je ne ressentais pour le monde que dégoût et noirceur…
Un jour, alors que j’attendais le bus, pour un rdv chez le psychiatre, je regardais mon petit album, des photos d’anciens amis et de ma famille féline, je tournai la page pour regarder la photo de Rubis… Là une jeune femme me dit soudain :
c’est marrant votre chat ressemble beaucoup à Ninette…
Ninette ? demandai-je étonnée.
La jeune femme était métisse et avait de beaux yeux verts, elle était habillée d’un jean marine, et d’un haut à rayures noires et blanches recouvert d’une veste en jean. Elle avait de longs cheveux noirs ondulés et portait de nombreux bijoux en bois.
Oui excusez-moi je m’explique, j’ai un petit jardin et je nourris les chats errants de mon quartier, le chat dont je vous parle était venu blessé il y a bien longtemps, je l’avais amenée chez le vétérinaire puis l’avais relâché depuis elle vient régulièrement dans mon jardin.
Elle montra la photo du doigt.
Elle lui ressemble énormément.
J’ai perdu mon chat, est-ce que je pourrais svp venir voir s’il s’agit d’elle ?
La jeune femme fit un sourire.
Oui bien entendu, donnez-moi votre numéro, si vous voulez je vous envoie des photos ?
Oui, merci à vous.
Deux jours passèrent, je n’avais reçu aucun message. Peut-être que cette dame s’était rendu compte que Ninette n’était pas le même chat ? Je me mis devant la télèvision, pour regarder un documentaire sur les castors. Quand mon nouveau téléphone, un tactile qui buguait tout le temps, se mit à vibrer. La jeune femme m’avait envoyé deux photos. Qui mirent un temps fou à charger. Lorsque ce fut chose faite, j'examinai la photo avec la concentration d'un cueilleur de champignons… Je mis ma main sur ma bouche, mon cœur battait la chamade, c’était bien Rubis ! La seule différence est qu’elle avait une marque à l’œil gauche. Mais ça n’avait aucune importance, c’était elle ! C’était bien elle ! Et elle allait bien !!
Son pelage isabelle, sa truffe noire et rose, ses couleurs formant un damier sur sa tête, ses grands yeux vert pomme, sa tête toute ronde !
Pendant toutes ces années, elle était en vie ! Je riais, je pleurais de bonheur, d’excitation, de joie :
« Rubis est en vie ! Rubis est en vie ! »
J’envoyai un SMS : « Mon Dieu, c’est elle ! »
Le soir même, j’appuyai sur l’interphone de chez elle.
« La porte est ouverte ! » Lorsque j’entrai, je remarquai une décoration très végétale, des petites sorcières pendaient du plafond, de nombreuses bougies étaient posées sur les meubles, et une forte odeur d'encens émanait de la pièce. Je voyais aussi, sur le côté gauche du jardin, deux jolies maisons à chats.
Votre chatte vient depuis environ 4 ou 5 ans, malgré ça il est très rare que je puisse la caresser, elle est extrêmement méfiante.
Au même moment, comme une apparition venue de l’au-delà, Rubis monta sur le petit muret de pierres. Je m’approchai de l’entrée du jardin. Et l’appelai comme je le faisais autrefois.
Rubis c’est moi ma chérie !
En un quart de seconde la chatte s’approcha à grandes foulées vers moi en miaulant, je l’attrapai et la pris dans mes bras. Rubis frottait sa petite tête ronde sur mes joues en ronronnant.
Aucun doute possible. C’est bien votre chat, fit la jeune femme.
Vous savez ce qu’elle a eu à l’œil ? Demandai-je.
Le véto m’a dit qu’elle s’était pris un coup assez violent, quand elle est arrivée elle était blessée à la patte, et à l’œil, et était très maigre. Son œil est abîmé, mais est sain, elle voit toujours. Le vétérinaire a dit que ça lui faisait sûrement une tache dans le haut de la vision de son œil gauche… En tout cas, je suis heureuse que vous vous soyez retrouvées !
Oui je pense que ça va être pour moi le début d’une nouvelle vie.
La jeune femme sourit.
Une nouvelle vie ?
Oui il y a longtemps que je veux déménager, mais je ne pouvais pas, car je cherchais Rubis. Maintenant que je l’ai retrouvée, je vais pouvoir partir… en tout cas merci pour tout !
Pas de quoi ! C’est super, je suis si heureuse pour vous, du coup,
où allez-vous aller ?
J’ai toujours rêvé… d’habiter en Bretagne…
Le jour du déménagement.
J’arrivai à la gare de Quimper, en Bretagne. Chargée comme une mule : la valise dans la main gauche, un énorme sac de randonnée rose sur le dos et la caisse de Rubis dans la main droite. J’avais trouvé un meublé avec un jardin, parfait pour une nouvelle vie ! Je me posai sur un banc, les cheveux au vent, je repensai à toute cette histoire, à moi, à ma famille féline, à ce qui manque dans ce monde… Mais en regardant autour de moi, je vis une vieille femme assise sur un banc, entourée de pigeons. Les volatiles se bousculaient pour attraper la nourriture qu’elle leur lançait. Un peu plus loin, un homme souriant approcha un mendiant avant de lui donner un sac alimentaire. Les deux hommes échangèrent un sourire et une accolade comme de vieux amis. Soudain, une fillette me tira de mon observation. Habillée d’une robe rose et coiffée de longues tresses africaines, elle me tendit un papier, que j’attrapai en souriant avant de la voir partir.
Sur le papier étaient dessinés un sourire et deux grands yeux colorés. Un mot était écrit à la main : « Vous êtes radieuse, continuez de briller ! » Songeuse, je regardai au loin et remarquai un chat blanc traverser prudemment la route. Il n’avait pas l’air très propre. Je regardais Rubis, elle était allongée dans sa caisse, ses grands yeux verts se fermaient et s’ouvraient doucement.
- Tu vois ma chérie, ce chat blanc, nous le nommerons « Neige »…
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