Chapitre 1

Tristes cailloux

3212 mots · ⏱ 13 min

Nicolas Vassal et La Mante, 23 août 2026, Sa décision de m’abandonner est prise depuis plusieurs jours déjà. Dans quelques minutes, je serai jetée dans la fosse en délire. Je serai rattrapée puis gardée comme un trophée, une relique. A cet instant précis, il n’y pense pas. Il profite de cet entre-deux. La créature hybride lui fait face. Le miroir ne reflète déjà plus Nicolas, la Mante attend patiemment son heure. La créature suspend l’aboutissement de sa métamorphose. Elle fait durer le temps des limbes, des contours inachevés. Elle contemple les bleus profonds et les vivaces violets qui recouvrent son visage. Pour la première fois depuis longtemps, Nicolas ne succombe pas à l’envie de tout effacer. Il s’est maquillé pour moi, et la créature se trouve déjà belle. Me poser sur sa tête, c’est rompre la chrysalide. Or, le papillon d’or veut rester au chaud encore un peu. La Mante n’est pas prête à dire au revoir, à fouler sa dernière scène. Entre sa prothèse et son soutien gorge, Nicolas glisse son poudrier sans maquillage. Il renferme désormais le poids d’un passé silencieux auquel il est bien décidé à dire adieu. Au feu, Alice et Rosalie. Au feu, Gustav. Au feu, Louis et France. Toutes les photographies sont en cendre, sauf celle de Marie et de lui. Marie me porte dessus, elle sourit. Le visage de sa tante et moi reposons intact parmi les clichés brûlés, entre sa peau et la cuirasse de la Mante. C’est si léger un poudrier. Le temps du spectacle va bientôt sonner. Personne ne peut plus reculer. Il prend ses trois respirations rituelles, lance un dernier regard de défi à son reflet et me soulève au-dessus de sa tête. J'embrasse une dernière fois ce crâne à la forme parfaite. La Mante renaît dans ma blondeur cendrée. J’illumine les bleus et les violets de ses traits. Cette nuit, Nicolas se sépare de ses rêves d’enfant. Cette nuit, La Mante veut “mourir sur scène en chantant jusqu’au bout” (Dalida). Cette nuit, je quitte la famille Vassal après près d’un siècle de service. Marie Vassal et France, 22 septembre 2011, Marie était encore en robe de chambre lorsque sa mère sonna à la porte. Elle n’avait pas le temps de rester pour boire le café. Elle voulait simplement lui déposer ce carton contenant quelques photographies, un mot, un paquet de lettres destinées à Marie, et moi. Le mot et les lettres étaient toutes signées par France, que Marie ne pensait alors pas connaître. Le petit papier disait simplement : “Elle t’ira maintenant mieux à toi qu’à moi”. Elle était hébétée par la fugue précipitée de sa mère, par mon arrivée soudaine dans son appartement, mais elle adora immédiatement le parfum et la couleur de mes cheveux. La veille, elle était allée essayer différentes perruques avec Nico. Il avait débarqué à la boutique maquillé comme un camion volé, ses un mètre quatre-vingt-dix perchés sur des talons de douze centimètres. Elle savait que son neveu s’autorisait rarement l’extravagance, en dehors de ses performances de drag queen. Elle savait que cette tenue magistrale était faite pour détourner les regards de son crâne chauve. Elle lui en était reconnaissante. Ils avaient beaucoup ri tous les deux. Nico avait hérité de son don pour écouter et de l’humour de sa grand-mère. Lors de sa visite à la boutique, aucun modèle ne lui avait vraiment plu. Elle était repartie avec une rousse - qu’elle jugeait trop excentrique - et une brune - qu’elle trouvait trop sage. Avant de me rencontrer, sur le pas de sa porte, elle n’avait jamais pensé porter du blond cendré. L’avant-veille de mon arrivée, elle s’était confiée à son journal intime, qu’elle n’avait pas ouvert depuis plusieurs années : “Mes sanglots ont cessé à la troisième cigarette. Ce sont les premières clopes que j’ai refumées depuis le début de la chimio. Elles m’ont semblé amères. Entre deux quintes de toux, je me suis bien-sûr promis d’arrêter demain. Quelle conne ! Tout à l’heure, je me suis rasé le crâne. J’ai refusé de laisser les traitements décidés de la chute de mes cheveux. Mes patientes m’avaient raconté la dureté de cette perte. Moi je me sentais évidemment bien différente. J’avais même pu trouver qu’elles en faisaient des caisses avec leurs jérémiades capillaires. Il faut dire que ça faisait une trentaine d’années que j’abimais ma vieille touffe à coup de teintures bas de gamme et de coupes expérimentales. Bref, hier, je me suis arrosée la gueule au Prosecco. J’ai attrapé une tondeuse que j’avais achetée exprès le matin à Super U et ensuite laissée chargée toute la journée. Le soir, devant le miroir, j’ai pas hésité une seconde, bien déterminée à exterminer mes quelques mèches jaunâtres et sèches. Je crois même qu’à ce moment-là, je me suis prise pour une espèce d’Amazone, une féministe bien comme il faut. Ma pauvre fille ! Bref, je reste plantée là. Je suis d’abord figée, je crois, devant l’amas poilu qui gît dans le lavabo. Puis, je fixe ce rectangle blanc qui me barre le crâne. Et là seulement, ce sont les grandes eaux, je crois. Je m’effondre en larmes. Et entre les crises, le putain de souvenir remonte. J’ai six, huit, jusqu’à 12 ans même… Je suis assise sur mon lit. Mon père est derrière moi. Il me passe la main dans les cheveux. Il retient délicatement une de mes mèches à la racine, puis commence à brosser. Dans un silence confiant, on se jette des regards souriants dans le miroir. A chaque bonne nuit, ce rituel abolit la distance entre nous. Lui, si pudique. Moi, si farouche. Nos deux timidités s’annulent dans ce brossage. J’ai refoulé ce souvenir bien avant sa disparition. Le rituel a déjà cessé depuis longtemps. Il ne me lance alors que des regards tristes, désabusés. Je dois avoir treize ans quand je commence le saccage de mes cheveux. En me prenant à ce qu’il aime tant chez moi, j’essaie de l’atteindre. En vain. J’ai dix-sept ans. Laurent aperçoit une femme blonde assise sur le lit de notre père. Sa colère explose au dîner. Le lendemain, Papa disparaît. Ma colère à moi est restée coincée en travers de ma gorge. Boule dans la gorge, cancer de la gorge. Tiens, mon analyste sera content demain. En finissant rageusement de me faire la boule à zéro, je m’en prends à l’incompétence de tous mes psys. Ils ont raison mes patients, c’est fatiguant de rester seule. Je m’en veux de penser à lui maintenant. Je suis assise sur ma terrasse et j’ai froid. J’écris ces lignes sans trop savoir pourquoi. J’ai écrit à Nico. Demain, on ira acheter une perruque ensemble. La coupe militaire, c’est finalement pas mon truc.” Marie me garda auprès d’elle les sept mois que durèrent encore sa vie. Nous connûmes encore quelques jours de joie et beaucoup de nausées. Un jour à l’hôpital, alors que parler lui était encore possible, elle me confia à Nico. Quatre photographies... Première photographie : Noir et blanc, intérieur bourgeois. Au premier plan, un couple est assis sur un canapé. Il est un homme d’âge mûr. Il porte un costume noir, une petite moustache bien taillée et une paire de lunettes. Elle, un peu plus jeune, porte une robe sombre et de longs gants blancs. Ses cheveux, coiffés en arrière, lui tombent sur les épaules. Derrière lui, deux jeunes hommes en costume militaire français. L’un plus âgé porte des lunettes, l’autre semble plus grand. Derrière elle, une jeune fille, plus jeune que les deux garçons. Sa robe est claire. Ses cheveux sont rassemblés dans une longue natte. Ses mains disparaissent derrière son dos. Ils regardent tous l’objectif en face. Aucun ne sourit. Tous les cheveux sont bruns. Deuxième photographie : Noir et blanc, extérieur. Une arrière-cour de maison de ville ou de boutique. Au centre, une jeune femme blonde est assise sur une chaise de jardin. Elle ressemble à la jeune fille de la première photographie, un peu plus âgée. Elle fume. Ses yeux sont lointains, elle ne regarde pas l’objectif. Le sourire est vague lui aussi. Sur ses genoux, un petit garçon blond d’environ 5 ans est assis. Il est de profil. Ses yeux clairs sont tournés vers la femme qui ne le regarde pas. Troisième photographie : Couleur, intérieur. La scène se passe dans une cuisine cette fois. Un couple est assis au centre derrière une table. Il est blond, il rougit un peu. Il est le petit garçon qui a grandi. Il est jeune mais déjà marqué par quelques rides. Le regard se tourne vers le bas, dirigé sur la petite fille brune, très chevelue, qu’il tient dans ses bras. Elle doit avoir trois ans. La rousseur et la confiture lui tachent le visage. Les yeux bleus dévorent la tartine éloignée d’elle sur la table. Assise à côté de l’homme, se tient une femme rousse. Le visage est de trois-quart. Elle embrasse l’homme sur la joue. On remarque un demi-sourire. Les yeux sont rieurs. Sa main gauche est posée sur l’épaule d’un petit garçon. Il a cinq ou six ans. Il est assis de profil. Sa tête est tournée vers l’objectif, il tire la langue. Ses cheveux sont roux et ses yeux sont bleus, comme ceux de la petite fille et de l’homme. Quatrième photographie : Couleur, extérieur. Au premier plan, on distingue les bustes de deux personnes adossées contre une voiture garée devant un panneau indiquant “Tübingen”. A gauche, adossée contre la portière avant, on peut voir une femme d’âge mûr. Le visage apparaît de trois quarts. On remarque d’abord les cheveux blonds. Les mêmes, exactement, que ceux de la femme sur la deuxième photographie. Elle tient, d’ailleurs, cette photographie dans sa main gauche et la première photographie dans sa main droite. Ses traits sont fatigués. Elle a des yeux bleus, la rousseur lui tâche toujours le visage mais plus la confiture. Elle sourit, ses yeux sont émus. Le regard est tourné vers le jeune homme à sa gauche. Il la regarde et lui sourit aussi. Il est très grand. Il doit être au début de sa vingtaine. Il porte des cheveux bruns, courts, et des tâches de rousseur. Il tient la troisième photographie dans une main. Avec son autre main, il montre le portrait en couleur d’une autre famille. Au premier plan, on le distingue probablement petit garçon, à côté de deux petites filles plus âgées, probablement des jumelles. Elles sont rousses. Sur cette photographie, les enfants jouent sur un tapis ne se préoccupant pas de l’objectif. En arrière-plan, on distingue un jeune homme roux aux yeux bleus. Il ressemble au petit garçon de la troisième photographie. Il porte des lunettes. Il a l’air fermé. A sa droite, se tient une jeune femme blonde, sa coupe est courte et ses longues mains sont posées sur la cuisse du jeune homme. Louis Vassal et France, 22 mars 1996, Louis avait cinquante-deux ans et déjà les cheveux gris, lorsqu’elle rouvrit la boîte que le médecin légiste lui avait remis, trente quatre ans plus tôt, après l’autopsie du corps de sa mère. Conclusion : suicide par pendaison après des scarifications sur la poitrine et une ingestion par voie orale d’oryprodhazolane, un produit de décoloration capillaire. Louis avait toujours les mains douces de ses dix-sept ans. Je compris tout de suite qu’il ne travaillait pas de ses mains. Elle avait dû devenir comptable ou banquier, et enfouir son secret dans des costumes mal taillés et un ennui mortel. A la manière dont elle nous caressa, la robe rouge de sa mère et moi, je compris qu’elle voulait nous essayer. Ce jour-là, pourtant, elle y renonça et nous renferma dans la boîte. Pour quatre mois et trois jours seulement. Durant tout ce temps, elle n’avait pensé qu’à la robe et à moi. Elle attendit d’être seule à la maison, sa femme au travail et les enfants au lycée. Elle s’enferma à double tour, par précaution, dans sa chambre. Elle commença par enfiler la robe rouge. Elle se délectait de sa peau, rasée et parfumée, pour elle. Pendant ce temps, je m’impatientais sur le lit à côté de la trousse à maquillage de Marie. Enfin, elle daigna me porter jusqu’à son crâne. J’avais le souvenir du crâne blond d’une petite fille avec une coupe de garçon qui se persuadait qu’elle jouait à la maman pendant les instants où elle me volait au tiroir maternel. Je fus triste de découvrir ce triste caillou, gris, cet alibi dégarni de bon père de famille. Je fus heureuse de la recouvrir. Après moi, elle passa au maquillage. Depuis le pas de la porte de la salle de bain, elle avait croqué les gestes de sa femme des années durant, si bien que ses cils et sa bouche ne rencontrèrent aucun mouvement hésitant. Le résultat la laissa sans voix. Elle fut heureuse en se retrouvant. Elle ne rencontrait pas sa mère dans le miroir, c’étaient plutôt des retrouvailles avec elle-même. Pour une fois, les deux faces de la glace étaient d’accord. Emotif, le mascara s’écoula même un peu. Le temps lui-même sembla ramollir quelques instants. Absorbée par l’intensité de cette intimité réconciliée, elle n’entendit ni l'œil de Laurent collé à sa serrure ni n’observa le bruit de ses pas. Elle remarqua tout juste l’exclamation de son fils, sa colère faire grincer le couloir et gémir les marches des escaliers. Elle ne paniqua pas. C’était un moment sans retour possible. Elle nous retira alors dans l’ordre inverse. Maquillage, robe, perruque. Elle vida les documents de sa mallette de travail et nous rangea toutes les trois. Elle attendit sur le lit que Simone rentre du travail. Elle avoua tout, d’un bloc et sans honte, à sa femme : les années de solitude, les moments volés dans la salle de bain, la prison du quotidien. Elle lui renouvela aussi ses sentiments, lui répéta son amour pour les enfants. Sa femme ne sembla pas surprise. Elle la regarda longtemps dans les yeux puis hocha la tête. Les enfants, eux, ne devaient pas savoir. Toutes les deux, elles orchestrèrent alors sa fugue. Elles se mirent d’accord pour continuer à s’échanger des lettres, à se donner des nouvelles de Marie et Laurent. Simone viendrait même lui rendre visite pour les vacances, parfois. Sa femme accepta de jouer à l’épouse trompée, et elle accepta de jouer au mari trompeur. Elles trouvèrent même un nom à la femme blonde assise sur le lit. Le soir, la dispute avec le fils, fut violente. La nuit, chacun alla se coucher dans sa chambre. Dans le crépuscule, les épouses partagèrent sans pudeur leurs premières amours saphiques. Le lendemain matin, Louis remit une dernière fois son costume, prit sa mallette et la voiture. A la première station service, elle se changea. En remontant dans la voiture, elle repensa au corps de sa mère pendue, à son crâne tondu à nouveau pour l’occasion, à l’inscription gravée sur son torse. Alors, elle décida qu’elle s’appellerait France et roula sans s’arrêter jusqu’à Madrid. Alice Vassal et Rosalie Vassal, été 1944 Quand suis-je née ? Le jour de ma fabrication ? Le matin où Pietro Correnti eut l’idée de ma conception ? L’après-midi où Alice Vassal est entrée dans la perruquerie ? Le jour où Rosalie fut séparée de sa chevelure ou lorsqu’elle me posa sur sa tête ? Avant qu’Alice ne pénètre les portes de la boutique, aucune Vassal n’avait auparavant fait l’acquisition d’une perruque. Les femmes de la famille avaient la santé sûre, les hommes gardaient leurs cheveux longtemps. Tous étaient bruns, châtains tout au plus. Alors ce jour d’août 1944, en voyant cette Vassal aux traits durs débarquée dans sa boutique, Luigi Garibaldi faillit presque en perdre ses moyens. Il essaya de la renseigner, elle l’ignora copieusement. Elle balaya du regard tous les modèles exposés et s’avança vers moi. J’avais été placée entre la blonde vénitienne et la blonde dorée. Elle se renseigna sur mon prix, la façon de m’entretenir, de me fixer. Monsieur Garibaldi était surpris par ce choix. Heureusement pour lui, il tut sa surprise et ses questions. Monsieur Garibaldi n’était pas disposé à me brader, bien sûr. Madame Vassal était prête à payer le prix, c’était entendu. Sans négociations ni amabilités particulières, je me retrouvais ainsi emballée dans une grande boîte aux papiers bleus et violets. Alice Vassal s’empressa de cacher la boîte dans un grand sac sombre. Elle quitta la boutique et traversa la ville à pied d’un pas sec et rapide. Elle gravit les marches des escaliers quatre à quatre. En entrant, elle ne confia ni son manteau, ni ses gants, ni son chapeau à Amandine. Elle traversa le couloir de l’appartement jusqu’à la chambre de sa fille. Elle ouvrit la porte sans frapper. La jeune femme pleurait, allongée sur son lit. Elle sortit la boîte du sac et nous jeta sur son lit. Dès cet instant, je me sentis proche de Rosalie, de ses larmes. J’étais aussi heureuse d’apprendre que je n’étais pas destinée au crâne de sa mère. Rosalie sécha ses yeux, s’assit. Une gifle siffla. Rosalie s’affaissa de nouveau sur son lit. “Pour avoir sali mon nom”, lui cracha Alice, les dents serrées. Elle reprit le carton et le jeta sur les genoux de sa fille. “Pour que vous ayez la vie moins dure”, ajouta-t-elle. Elle tendit un papier avec l’adresse d’un salon de coiffure, dans une petite ville de province. “Vous partez ce soir”, termina-t-elle. Alice quitta la chambre sans se retourner. Elle s’enferma à double tour dans ses appartements et pleura pendant trois jours. Ni Monsieur Vassal ni Amandine ne purent la consoler pendant ces longues heures. Elle ressortit finalement le dimanche pour la messe, habillée et maquillée. Personne ne sut pour mon achat et pour le salon de coiffure. Rosalie, encore dans sa chambre d’enfants, me délivra délicatement du paquet en carton. Elle déshabilla le papier de soie et me suspendit à sa main droite. Quelques larmes coulèrent sur mes cheveux. Elle les essuya gentiment, puis me caressa comme elle le faisait avec son amant. Elle et moi allâmes ensuite prendre place sur sa coiffeuse de petite fille. Elle me déposa avec une douceur que je ne retrouverais que chez son arrière-petit-fils. Dans le miroir, elle fit face pour la première fois à son crâne nu. Elle contempla les cicatrices laissées exprès, les restes épars de cheveux bruns, la brûlure en haut du front… Elle sécha ses dernières larmes avec ce geste sec, maternel. Elle me souleva sans émotion cette fois et m’ajusta sur elle. Jamais je n’avais embrassé de crâne si triste, si abîmé, jamais je n’avais recouvert un tel désastre, jamais je n’avais épousé une colère si froide. Rosalie regarda la jeune femme blonde assise en face d’elle. Elle ne lui sourit pas. Son regard était déjà froid. Des années plus tard, elle porterait ce même regard éteint en tondant ses cheveux décolorés et en s’inscrivant sur le torse “Pour La France Libre”, avant de se pendre. Ce jour-là, elle me sortirait du tiroir où j’étais restée, croyait-elle, cachée, et me déposerait au pied du tabouret. Comme un mystère dévoilé. Ce fut la première fois qu’un Vassal m’abandonna. Pour l’heure, Rosalie se faisait encore face. Elle était cependant si absorbée par ce duel résigné qu’elle ne sentit pas le coup de pied de Louis dans son ventre. Pourtant, il était bien là. -Fin-

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