C’était la faute de mon grand frère Caleb, si je n’avais pas pris le chemin habituel en revenant de l'Université. Parce que-, vu que moi Axel, j’étais encore aux études et mon aîné dans la vie active : c’était à moi de me taper le sale boulot des courses à l’épicerie au coin de la rue-
Furieux, j’étais furieux. Car, j’avais des écrits par-dessus la tête à rendre, pas le temps pour faire de la haute gastronomie et mon frère avait eu cette putain d’idée de me foutre de corvée d’achats alimentaires.
Ouais- mais non. Tirant la gueule à la caisse de la blondinette qui elle, était tout sourire (la faute à son manager sûrement), je me retrouvais à effleurer ma cicatrice qui serpentait de ma tempe gauche jusqu’au milieu de ma joue, sans y faire grand cas. Ça me prenait, quand je me faisais chier. Ou quand je tentais d’étouffer ma colère.
Sortant avec mes sacs en plastique tenus à bout de bras, plus mon sac de cours en bandoulière, j’étais en équilibre fatalement instable et foutrement précaire. Me disant, que j’allais prendre le bus, plutôt que de m’imposer une marche à pieds-
… sauf que- … mes iris noirs furent attirés devant une vieille devanture, à l’ambiance art déco. Est-ce que cette boutique était déjà là ? J’en avais pas vraiment le souvenir.
Fronçant mes sourcils, j’assistais à un bordel sans précédent au travers de la vitrine polie par le temps et poussiéreuse. Tentant d’y voir plus clair, je passais une main dessus, sursautant allègrement, quand j’aperçus un putain de visage, qui me faisait face.
Ça devait sûrement être le proprio, non ? À voir sa gueule et comment il était habillé … je pouvais pas vraiment me tromper.
D’un geste assuré d’une main presque squelettique, il m’exhorta à pénétrer son antre. J’étais à deux doigts de refuser mais ça se faisait pas. Même si- je pouvais être un petit con parfois, il me restait des manières.
Avec un soupir, je sentis les semelles de mes converse crisser sur le vieux parquet, alors que mes prunelles teintées d’obsidienne vérifiaient chaque étagère, à la recherche d’une trouvaille.
Le type, lui, s’était mis à me parler et moi, j’écoutais d’une oreille plus que distraire sa logorrhée verbale. Visiblement, ça faisait un moment qu’il s’était établi ici entre deux déménagements successifs et surtout, après la mort de sa femme tant aimée. Le gars était apparemment un romantique, parce qu’il avait conservé au bout d’une chaîne, l’anneau de sa défunte épouse. Ça, ça m’avait fait arquer un sourcil, tandis que je continuais d’explorer les étagères.
Y’avait des trésors, je pouvais pas le nier hein. Des objets, que mon interlocuteur avait dû amasser au fil du temps, parce que sérieux : il avait presque cent ans.
Un léger bip sonore assorti d’un vrombissement me dira de ma contemplation. C’était mon très cher frère, qui se rappelait à moi. Alors que-, mes doigts s’étaient arrêtés sur un écrin de velours noir. Un format oblong, qui- même si je n’en avais pas l’utilité … ne laissait pas la place au doute. Une lame effilée. Un rasoir d’argent, niché à l’intérieur dans un voile de satin rouge incarnat. À peine, avais-je eu le temps de l’ouvrir, que je dus le fermer aussi sec. Sentant étrangement, ma cicatrice picoter.
Arquant encore un sourcil, je décidais de prendre congé. Récupérant derrière la caisse, les sacs que j’avais posés lors de mon arrivée. Cette sensation, elle m’était désagréable, car- même dans le bus … elle persistait. Ça me faisait bien chier. Encore plus, lorsque je retrouvais Caleb, qui m’accueillait avec une embrassade prête à me vriller tous les os. Embrassade, que je n’étais pas en mesure de lui rendre, de toute manière.
La soirée avec mon aîné, elle se succéda aux autres. Toujours les mêmes. Depuis qu’on était plus que tous les deux, à affronter le monde. Bien que cette nuit, je pouvais pas nier que quelque chose avait changé : la douleur qui irradiait ma joue et qui ne s’était pas estompée. Et ce-, même au réveil.
J’avais cette impression singulière que la plaie s’était rouverte malgré la longue cicatrisation qui en avait découlé et- … alors que je l’effleurais du bout des doigts, mes iris sombres furent attirés par ce même objet aperçu la veille et qui trônait fièrement sur mon bureau.
J’étais pas encore fou, hein ? Il ne devait pas être là. Pourtant, il était bien là.
C’était ce même objet, qui avait fait la une des magazines et des journaux d’information trois ans auparavant. Celui que j’avais utilisé pour tuer nos parents, et maintenant … j’allais m’en servir pour ôter la vie de Caleb. Parce que- le schéma se répétait. Inlassablement. Une putain de boucle temporelle, assignée à cette chose maudite que j’avais déjà entre les doigts et dont j’avais paré ma peau à nouveau, d’une longue balafre.
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