Je suis heureuse, je l'ai toujours été, aussi loin que je me souvienne. Dès le premier pas posé hors du lit le matin, un sourire aussi grand qu'une banane prenait place sur mon visage. Il était là avant d'aller à l'école, avant d'aller au collège, avant d'aller au lycée. Là, lors des moments joyeux partagés en famille, là, pour servir aux autres de soutien. Là, afin de cacher mes peines. Je riais, je riais à la vie, chaque jour, car je me fichais des petits tracas. Je chantais, je peignais, je dansais sous la pluie, j'allais nager dans l'océan et je me sentais vivante. Je me laissais porter par la vie. Cette vie si belle, avec son vent, ses oiseaux, son ciel, son soleil, sa pluie, ses rivières, ses mers et océans, ses lacs, ses arbres, ses montagnes, ses grottes... Cette vie qui me portait et que je transmettais aux autres à travers mon sourire. Ce sourire qui s'émerveillait d'un petit rien, d'un caillou en forme de cœur, d'une petite coccinelle posée sur la plante grasse du salon. Ces petits riens qui prennent pourtant une place immense et dans lesquels certains y voient parfois des signes. J'étais l'incarnation de cette vie que je trouvais si lumineuse. Sans lui, durant tout ce temps, alors qu’il était là, juste là.
Un matin, je me suis levée et j'ai oublié de sourire, puis le lendemain le sourire n'est pas revenu et j'ai oublié d'aller voir la coccinelle. Cette semaine-là je n'ai pu ni chanter, ni danser, ni aller me baigner. La semaine qui a suivi, mon cœur a commencé à se remplir de brouillard et de pluie. Et, durant le mois complet, le soleil n'a pas brillé, le vent ne m'a pas donné d'air pour que je batte des ailes et que je puisse m'envoler de cette grotte dans laquelle je me suis retrouvée coincée. Il faisait tellement sombre que même les petits riens avaient disparu dans cette noirceur. Comme si, toutes les étoiles et la lune avaient quitté le ciel me laissant seule dans cette immensité obscure.
Moi, la fille, puis la femme si lumineuse, si vivante que j'avais été, commençait à ternir, à faner, à mourir.
Et pourtant il était là, il veillait sur moi. Présent pour ne pas que je sois seule. Mais je l'ai ignoré, pensant que seule je pouvais y arriver, pensant que ma joie aller à nouveau éclairer mon visage. Je ne voulais pas le voir, j'ai tout fait pour faire comme s'il n'existait pas. Je pensais être plus forte, je pensais pouvoir gravir cette montagne, sans harnais de sécurité.
Mais voilà que la lune l'éclaire à travers la fenêtre de ma chambre. Est-ce un signe ? Comme dans ces petits riens ? Peut-être le signe que je ne peux pas le faire seule, que j'ai besoin d'aide. Je décide alors de me laisser guider par cette douce lumière blanche. Après tout c'est la vie qui m'a rendue souriante, peut-être a-t-elle besoin que je le reste même si pour cela j'ai besoin d'aide. Mes ailes s'ouvrent de nouveau et me permettent d'aller jusqu'à lui. Je le secoue, il m'en reste. Je l'ouvre, je regarde à l'intérieur et je comprends alors que ces gélules de bonheur factices me permettront un jour de retrouver ce vrai bonheur, ce bonheur m'invitant à voir que tous les petits riens peuvent prendre une place immense dans ce monde si une seule personne leur accorde l'importance qu'ils méritent.
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