Il est dix heures trente six sur la plage de pampelonne.
"Je l'ai trouvé, je l'ai trouvé" crie avec bonheur, au loin, un homme aux cheveux longs avec de l'eau jusqu'aux épaules.
Les gens, couchés, occupés à bronzer se lèvent brusquement. "Que se passe-t-il" disent ceux qui n'ont pas entendu. "Il l'a trouvé".
La nouvelle est relayée de chaque côté de la plage puis se diffuse de Ramatuelle à Saint-Tropez, toute la presqu'île accourt et pampelonne devient noire de monde.
Il est enfin là, à quelques mètres, accessible, après tant d'attente et d'espoirs contrariés.
Certains sont encore dubitatifs, quelques instants, "vous êtes certains que c'est lui ?" "Bien sûr, puisqu'il le dit".
On se précipite, la quête est terminée, l'angoisse effacée. On applaudit, on siffle mais très vite les "hourras" font place au "moi d'abord" qui se répercute dans la foule.
Chacun, chacune veut le voir, le toucher avant l'autre.
L'homme au loin, dans l'eau claire, désemparé, reste stoïque.
Quand on ne se bat pas pour être devant, on sort des liasses de billets pour passer mais rien n'y fait. Les premiers sont occupés à se noyer entre eux, les autres à s'étouffer avec des serviettes ou à s'écharper à coups de parasols.
"On l'a trouvé", seuls ces mots résonnent avant un dernier râle.
Bientôt, un charnier flottant cache l'écume, le sable blond disparaît sous des amas de corps.
Le silence a succédé aux cris de joie puis à ceux de rage.
Il est douze heures trente six, au loin, l'homme aux cheveux longs avec de l'eau jusqu'aux épaules, seul, cherche fébrilement, il balbutie en pleurant "pourtant, il était bien là".
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