Chapitre 1

Le coffret de Platon

1152 mots · ⏱ 5 min

Sud de la France, sur une plage de sable blanc, Séléna se promenait avec son chien, Spaghetti. Le nom de son camarade à quatre pattes lui avait été donné par son petit frère alors qu'il n'avait que deux ans. Le chien avait grandi avec eux et se faisait désormais doucement vieux, mais les balades sur la plage lui faisaient le plus grand bien. Séléna, elle, profitait de ces promenades pour prendre un bon bol d'air marin avant de reprendre ses lectures pour ses études en histoire de l'art. Elle lança un bâton à son chien, pas trop loin. Il alla le chercher, tantôt dans l'eau, tantôt au bord des écumes, le rapportant tranquillement, parfois accompagné de quelques algues. Séléna en riait. Mais elle grimaça lorsque son pied heurta une pierre. Elle s'assit en se massant les orteils et observa un moment cette fichue roche qui dépassait du sable. En frottant un peu sa surface blanchâtre, elle remarqua qu'il ne s'agissait pas d'un simple rocher. Des gravures en bas-relief, certes abîmées, semblaient marquer certains endroits, et des coquillages, que la mer et le temps avaient laissés sur l'objet, y étaient encore accrochés. Elle tenta de le dégager du sable, mais il s'enfonça un peu plus. Elle fixa l'objet un long moment, puis se releva. Prenant des repères visuels pour retrouver l'endroit, elle y laissa son gilet posé dessus. Elle habitait tout près, et peu de monde fréquentait cette plage pourtant magnifique. Elle rappela Spaghetti et rentra chez elle. Une fois dans la maison, elle prit un sac à dos dans sa chambre, quelques outils pour déterrer l'objet ainsi qu'une corde, puis repartit vers la plage, le chien revenant joyeusement avec elle, la queue battant dans tous les sens. Lui était ravi de repartir en promenade. Elle retrouva rapidement son repère, souleva son gilet... L'objet avait disparu. Pourtant, il était bien là. Elle ne s'était pas trompée dans ses repères. Puis Spaghetti aboya. Toujours dans la même direction. Il se mit à creuser et à sautiller autour de quelque chose, plus bas sur la plage, au pied des vagues qui faisaient sans cesse des allers-retours. L'objet était là. Avait-il été déplacé par les mouvements du sable ou de l'eau, bien qu'il en fût encore éloigné ? Ou bien Séléna s'était-elle trompée et son gilet avait-il simplement été déplacé par le vent ? Cette seconde hypothèse lui semblait plus logique. Elle remercia son chien d'une caresse et entreprit de creuser délicatement autour de l'objet. Celui-ci s'enfonça de nouveau, mais elle réussit à passer la corde autour, évitant qu'il ne disparaisse davantage. Elle le dégagea entièrement avant de le poser sur ses genoux malgré son poids. Ce n'était pas très grand. Rectangulaire, comme une boîte. Un petit coffre, peut-être. Elle observa les gravures avec ses connaissances en art antique, passant un pinceau dessus afin d'en retirer les coquillages les moins incrustés. L'objet était fait d'une roche blanche, aussi délicate que le marbre et tout aussi lourde, mais elle n'arrivait pas à en identifier précisément la nature. En retirant peu à peu les marques laissées par son long séjour sous la mer, elle dévoila une serrure. Bien que le matériau lui fût inconnu, elle ne doutait pas de son utilité. C'était bien un coffret. Une fine ligne horizontale apparut progressivement au fil du nettoyage, confirmant que le coffre s'ouvrait par le dessus. Elle hésita. Il s'agissait peut-être d'une découverte historique. Pourtant, elle ne reconnaissait pas les gravures. Elles lui rappelaient celles de la Grèce antique. Puis elle pensa à certaines légendes... Mais repoussa aussitôt cette idée. Rien n'avait jamais prouvé l'existence de cette cité engloutie par l'océan. Elle soupira, ramena le coffret chez elle et l'installa sur son bureau. Elle commença alors à le nettoyer plus méticuleusement, prenant des notes à chaque étape et se filmant même. Une fois parfaitement propre, le coffre révélait une beauté sans pareille. Séléna reproduisit chacun de ses dessins sur papier avant de commencer des recherches dans ses ouvrages et sur Internet. Seuls quelques croquis et les descriptions de Platon présentaient certaines similitudes. Séléna secoua la tête. Il était impossible qu'elle ait trouvé un véritable objet provenant de la légendaire Atlantide. Elle revint à l'étude de la serrure. Elle y appliqua une pâte de moulage qui révéla, une fois retirée, les traces d'un étrange mécanisme. Elle fabriqua une première clé à partir de cette empreinte. Rien. Une seconde. Toujours rien, bien qu'un léger cliquetis se soit fait entendre. Elle n'était pas serrurière. Mais elle était suffisamment obstinée pour ne pas abandonner. Elle recommença encore et encore, jusqu'à ce qu'une nouvelle clé, accompagnée d'un petit crochet, produise enfin un déclic plus franc. La ligne horizontale s'écarta légèrement. Le coffre pouvait désormais être ouvert. Le cœur battant et les mains tremblantes, elle souleva le couvercle avec une lenteur presque excessive. Elle appréhendait ce qu'elle allait découvrir. Seule une odeur de renfermé s'en échappa. L'eau n'y était jamais entrée. Lorsqu'elle ouvrit complètement le coffre, Séléna plissa les yeux, éblouie. Elle éteignit la lampe placée au-dessus de son bureau avant de sortir avec une infinie délicatesse une sorte de tiare, ou peut-être une couronne. Elle reconnut des pierres précieuses scintillantes. Et un alliage ressemblant aux descriptions de l'orichalque. — Impossible... souffla-t-elle. Elle remarqua également un papyrus soigneusement roulé. Elle reposa la tiare finement travaillée, dont les motifs rappelaient d'élégantes tiges végétales figées dans de l'or blanc, puis déroula délicatement le papyrus, toujours avec ses gants. Il ne s'effrita pas. Il était parfaitement conservé. Du grec ancien. — Donc cette boîte est grecque... Constata-t-elle. Puis elle remarqua la signature, inscrite au bas du document. Platon. Elle savait lire le grec ancien. Les peuples antiques l'avaient toujours fascinée. Elle photographia donc le rouleau, le referma soigneusement, le replaça dans le coffre avec la tiare, puis entreprit de le traduire. SELENE, SELENA, SI CE COFFRE ARRIVE JUSQU'À TOI, C'EST QUE LA PROPHÉTIE SE RÉALISE ET QUE LES DIEUX ONT DÉCIDÉ DE RENDRE L'ATLANTIDE À L'UNIQUE DESCENDANTE DES ATLANTES : TOI. TU AURAS LES RÉPONSES À TES QUESTIONS EN TEMPS VOULU. POUR CELA, POSE LA TIARE DE LA ROYAUTÉ ATLANTE SUR TA TÊTE. L'ATLANTIDE T'APPARAÎTRA, À TOI SEULE, DANS UN PREMIER TEMPS. REGARDE LA MER. REGARDE L'HORIZON. PORTE LA COURONNE. ET FAIS RENAÎTRE L'ATLANTIDE ET SON PEUPLE. PLATON Séléna secoua la tête, referma son carnet ainsi que son ordinateur, s'étira un long moment puis contempla la nuit noire à travers sa fenêtre. Elle avait une multitude de questions. Comment Platon pouvait-il connaître son existence ? Tout cela ne devait être qu'une mauvaise plaisanterie. Ou un rêve. Un rêve particulièrement étrange. Elle quitta son bureau, prit une douche, grignota rapidement quelque chose, puis alla se coucher. Avant d'éteindre la lumière, elle jeta un dernier regard au coffre et à son contenu plus qu'étrange, qui semblait avoir passé des siècles sous les eaux. Puis elle décida de dormir. Demain, lorsqu'elle se réveillerait, elle réaliserait peut-être que tout cela n'avait été qu'un rêve...

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