Non non non. Impossible. Je ne peux pas y croire. Je ne veux pas y croire.
Un haut-le-cœur me prend soudainement à la gorge, alors que je recule d'un pas, la main encore sur la poignée de la porte. Je ne saurais dire à quel moment j'ai réalisé l'ampleur de la situation, l'importance de cet objet qui se tient devant moi. Je n'y touche pas. Je le fixe, les yeux écarquillés, la respiration tremblante. Mes jambes menacent à tout moment de me lâcher.
Non non non. C'est impossible. Ce n'est pas vrai. C'est sûrement encore un de ses cauchemars qui me fait craindre de ne jamais revoir mon fils. Et pourtant je l'ai averti, de ne pas s'enrôler dans cette guerre. Il est trop important à mes yeux, pour se permettre de risquer sa vie à des combats sans fin et sans loi. Il en reviendra brisé ou il n'en reviendra pas du tout. C'est toujours comme ça. Et une mère n'a jamais tort.
Pour une fois, pourtant, j'aurais voulu ne pas avoir raison. Qu'il rentre, sain et sauf. Je lui aurais payé tous les psys du monde pour qu'il rentre. Je lui aurais servi toutes les excuses du monde pour qu'il me revienne. Mais je me retrouve confronté à son drapeau. À la dernière chose qu'il me reste de lui, entre les mains de ce soldat à l'air trop solennel. À la seule chose qui me relié à ma progéniture. Il n'y a même pas de corps. Apparemment, ils ne l'ont pas retrouvé. On sait tous qu'il était juste méconnaissable ou trop abîmé pour que sa famille puisse le voir. On le sait tous, mais parfois, c'est mieux de se cacher derrière des mots plus doux pour apaiser la peine d'un cœur. Ça ne m'empêche pas de secouer la tête infiniment, jusqu'à ce que mon mari vienne voir ce qui me prend autant de temps avant de retourner prendre le déjeuner à ses côtés.
À son tour, il se fige net quand il voit le soldat. C'est injuste, cette vie. Pourquoi me prendre mon fils, alors que lui rentrera chez sa famille, retrouvera sa femme, ses enfants, ses parents, ses amis ? Pourquoi le mien n'a-t-il pas eu cette chance ? Pourquoi est-il encore là-bas ?
Je secoue la tête et attrape le drapeau, murmurant un vague merci avant de lui claquer la porte au nez et de m'effondrer au sol, en larme. Je hurle à plein poumon ma détresse de mère brisée, je serre les drapeau contre mon visage, je laisse les larmes imprégnées le tissu coloré à l'effigie du drapeau des États-Unis. Mon mari s'agenouille à mes côtés et me serre contre lui. Je devine sa tristesse, ses poings serrés dans mon dos me le confirment, mais il me rassure. Il me murmure des mots doux tandis que je continue de me lamenter jusqu'à en attirer les voisins. Je refuse d'ouvrir la porte. Qu'ils aillent au diable, tous ! Qu'ils ne fassent pas semblant de se préoccuper de moi et de ce que je ressens quand ils vont prendre plaisir à se raconter des potins dans quelques heures ! Qu'ils ne faussent pas leurs émotions pour moi ! Je connais la pitié, et je n'en veux pas. Je ne veux pas de la leur. Je connais ses regards faussement désespéré et cette question:
- Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour toi ?
Mais qui signifie en réalité:
- Je ne veux rien faire pour toi, t'avais qu'à convaincre ton fils de rester, mais soyons polis entre voisins.
Je les laisse cogner à la porte. Qu'ils aillent au diable et demande à un quelconque dieu de me ramener mon petit garçon ! Qu'ils aillent au diable, mon enfant est au paradis !
Je donnerai tout pour retrouver mon fils, pour que ça ne se trouve pas encore mes bras. Pourtant, il était bien là. Et il y restera jusqu'à ce que la vie s'éteigne en moi.
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