Chapitre 2
- Document : Histoire du Continent Yngdrasil / Ratmarie -
3366 mots
La première ère
Après la catastrophe du Grand Morcellement, qui avait presque entièrement anéanti toute forme de vie, les lendemains furent plus cruels encore que le cataclysme lui-même. Le monde se réveilla brisé. Les peuples survivants erraient au milieu de charniers à ciel ouvert et de cités en ruines. Beaucoup moururent de faim. D'autres sombrèrent dans la folie ou choisirent de mettre fin à leurs jours.
Ce fut l'une des périodes les plus sombres que le monde ait connues : une ère de désolation qui s'étendit sur plusieurs décennies.
Les Gardiens de l'Archipel de cette époque, Mathilda, Boromias le Vieux, Anathelgas unissaient leurs forces pour achever la grande chasse aux Disciples Noirs d'Aktron. À leurs côtés se tenait l'Archelfe lui‑même, silhouette de lumière au milieu des ruines fumantes, et le tout nouveau Gardien, Heyraclus Bornebus, encore jeune mais déjà redouté pour sa puissance brute.
Ensemble, ils traquèrent les derniers Disciples, appelés également Princes Noirs, pour les enfermer dans les entrailles du monde. Chaque combat résonnait comme un écho de la guerre ancienne, chaque victoire arrachée semblait rapprocher l'Archipel d'un fragile apaisement.
Mais parmi les Disciples Noirs se trouvait un être plus rusé, plus patient, plus dangereux que les autres : Aktronis.
Alors que les Gardiens pensaient tous les enfermer, Aktronis se glissa hors de leur portée.
Ni l'Archelfe, ni aucun Gardien ne sentirent sa fuite.
Aktronis disparut. Sans trace. Sans que nul ne comprenne comment un simple disciple avait pu échapper à la vigilance des plus grands êtres de l'Archipel.
Ce jour‑là, les Gardiens crurent avoir remporté la victoire.
Ils ne savaient pas encore qu'ils venaient de laisser s'échapper celui qui, des siècles plus tard, deviendrait la plus grande menace que Ratmarie ait jamais connue.
Peu à peu, les survivants se replièrent sur eux-mêmes. Les familles se refermèrent, devinrent des clans. Les clans s'organisèrent en communautés, puis en villes fortifiées. De ces fondations fragiles naquirent enfin les premiers royaumes.
Le tout premier à émerger sur le continent fut Muméris, la Terre des Géants. Leur stature et leur endurance leur permirent de reconstruire plus vite que les autres. Ils bénéficièrent surtout du soutien actif du Gardien Heyraclus figure déjà légendaire. Par l'accord des grandes familles, il fut désigné successeur du roi fondateur, unificateur dans un monde encore hanté par la peur et les ruines.
Vint ensuite l'essor des elfes. Peu nombreux au moment du Grand Morcellement, ils revinrent en masse et menèrent une campagne implacable contre les survivants du royaume druidique de Neved. Ils les traquèrent sans relâche, comme des bêtes, jusqu'à en éradiquer toute trace connue. Trop nombreux pour rester dispersés, ils finirent par s'établir durablement dans les grandes forêts du nord-est. Ainsi naquit le royaume d'Inlaris.
Inlaris connut une croissance fulgurante, portée par une immigration massive en provenance du royaume d'Éternia, dirigé par l'Archelfe. Beaucoup d'elfes y virent l'occasion de recommencer une vie nouvelle, loin des contraintes, des dogmes et de l'autorité pesante de l'Archelfe. Le royaume devint rapidement un foyer d'espoir, mais aussi de tensions idéologiques.
La première Assemblée Inter-Îles, réunissant l'ensemble des royaumes, marqua un tournant historique. À l'issue de longues délibérations, il fut voté à la majorité que l'île porterait désormais le nom d'Yngdrasil, la Terre des Elfes.
Officiellement, ce choix symbolisait l'ancienneté et l'influence culturelle elfiques sur ces terres. Officieusement, beaucoup soupçonnèrent l'Archelfe d'avoir subtilement orienté les débats : le nom lui convenait manifestement à merveille.
Cette décision, anodine en apparence, laissa pourtant une trace durable dans les mémoires, certains y voyant le premier signe d'un déséquilibre politique à venir.
Les nains émergèrent ensuite, du moins le supposa-t-on. Retranchés dans les profondeurs de leurs montagnes, ils restaient invisibles au monde extérieur. Aucun contact direct ne pouvait avoir lieu sans leur consentement. Les relations, rares et distantes, demeurèrent néanmoins cordiales. Hormis quelques échauffourées isolées, aucune grande guerre ne fut déclenchée.
Ainsi s'acheva l'Ère I de l'Archipel.
Une époque de reconstruction, bâtie sur les ruines, le sang et la mémoire encore vive de la fin du monde.
La seconde ère
Elle fut radicalement différente de la précédente. Là où la première ère avait été celle de la survie et de la reconstruction, la seconde vit naître les tensions ouvertes entre royaumes, peuples et espèces. Les rancœurs accumulées, les ambitions nouvelles et la peur de l'autre s'exacerbèrent peu à peu.
L'arrivée des humains fut l'un des principaux déclencheurs de ce basculement.
Les premiers peuples humains débarquèrent entre la fin de l'Ère I et le début de l'Ère II. En peu de temps, plusieurs royaumes humains émergèrent, s'implantant directement sur des terres déjà revendiquées. Les puissances établies réagirent rapidement. Les nouveaux venus furent écrasés lors de ce que l'on nomma plus tard la Première Guerre de Domination.
Les survivants durent accepter des conditions sévères : redevances, limitations militaires et soumission politique, permettant ainsi leur contrôle indirect.
Quatre grands royaumes humains se distinguèrent néanmoins :
Pazoil, le royaume dominant, riche et expansionniste ;
Tamarie, plus modeste mais à la croissance rapide ;
Natrov, célèbre pour ses forteresses réputées imprenables ;
Isistas, fortement influencé par la culture et la politique elfiques.
Peu après, un drame secoua le royaume elfique d'Inlaris. Un différend mineur avec Isistas dégénéra en ce que l'on appela le Schisme d'Eolnis. En guise de représailles, Inlaris annihila entièrement la cité d'Eolnis.
Cet acte provoqua une onde de choc au sein même du royaume elfique. Une grande partie de la population ne se reconnaissait plus dans cette violence. Beaucoup choisirent l'exil.
Avec l'appui des géants, ces dissidents fondèrent un nouveau royaume elfique au sud : Istas, second royaume elfique du continent de Ratmarie. Istas connut un développement rapide, mais sa prospérité fut brutalement interrompue par le déclenchement de la Première Guerre Noire.
Dans l'ombre, des forces longtemps dispersées s'étaient rassemblées. Orques, Bradinnits et Mordics unirent leurs armées. Leur première attaque frappa la cité elfique d'Is, qui fut sauvagement ravagée.
Le choc fut immense. Muméris et ses alliés réagirent sous la direction d'Heyraclus, remportant de nombreuses victoires en un temps relativement court mais au prix de pertes effroyables.
La guerre atteignit son paroxysme lors de la bataille des plaines d'Ornis. Après deux jours d'affrontements ininterrompus, aucun camp ne parvint à l'emporter. Des drapeaux blancs furent finalement levés.
S'ensuivirent des négociations interminables, durant près d'une semaine.
De ces pourparlers naquirent de nouveaux royaumes :
Orcil, royaume orc du sud-est ;
Barrad, au sud-ouest, devenu le berceau des Bradinnits ;
le Royaume des Cendres, territoire des Mordics, accompagnés de leurs créatures, les Ugoliantes.
Ce fut un moindre mal. Mais ces entités, aux motivations loin d'être angéliques, établirent un précédent dangereux. Cinq cents ans plus tard, ce fragile équilibre mènerait à la Seconde Guerre Noire, qui se conclurait par un résultat similaire : Muméris et Istas y perdirent tous deux des territoires.
La fin de la Première Guerre Noire coïncida avec l'effondrement du royaume nain de Durakheim. Une guerre civile éclata, durant près de quatre-vingts ans. La proclamation d'indépendance des terres centrales de Ratmarie, formant un royaume inter-espèces nain-humain nommé Passata, aggrava encore la situation.
La capitale de Passata, Eneas, subit un siège qui dura des années. La cité ne dut sa survie qu'à l'épuisement progressif de ses assaillants, incapables d'acheminer vivres et fournitures sur une telle durée.
L'indépendance des terres du sud porta le coup final à l'ancien royaume nain.
Le Traité d'Eneas scella définitivement la scission de Durakheim en trois entités distinctes :
Durakheim, replié sur les terres du nord ;
Passata, dominant les terres centrales ;
Kharaz-Ankor, s'étendant sur les montagnes du sud.
Profitant de la guerre civile qui déchirait le royaume nain, les elfes lancèrent des offensives contre les royaumes humains. Ces derniers, loin d'être isolés, avaient noué des liens étroits avec les nains au fil des décennies et avaient gagné une indépendance bien plus grande que ce qu'Inlaris avait anticipé.
Cette fois, le rapport de force n'était plus à sens unique. Le conflit s'annonçait nettement plus équilibré.
Durant toute l'Ère I et jusqu'au milieu de l'Ère II, les elfes avaient été le peuple le plus nombreux de Ratmarie, devançant de peu les géants. Mais la situation changeait. Les populations humaines croissaient rapidement, portées par des taux de natalité élevés et une expansion territoriale constante. Sentant leur domination menacée, Inlaris chercha un prétexte à la guerre. Un différend frontalier mineur fut érigé en casus belli.
Les premières victoires elfiques furent rapides et brutales. Leur armée, expérimentée et disciplinée, semblait reprendre l'avantage. Pourtant, la réaction humaine fut d'une ampleur inattendue. Les contre-offensives s'enchaînèrent, coordonnées, soutenues par des alliances solides et une logistique efficace. Peu à peu, le doute s'installa dans les rangs elfes.
La défaite de Pelneén marqua un tournant décisif. Acculés, les elfes conclurent une alliance de circonstance avec le royaume nain de Durakheim, achetée à prix d'or. Ce soutien leur permit de renverser temporairement la situation et d'imposer la signature du Traité d'Honor.
Dans les faits, ce traité consacrait surtout un statu quo. Les frontières restaient presque inchangées, mais les royaumes humains durent verser de lourdes réparations de guerre. Tamarie et Pazoil, qui s'étaient particulièrement illustrés sur les champs de bataille, en retirèrent une renommée durable, tant militaire que politique.
La Troisième Guerre Noire, qui marqua la fin de l'Ère II, bouleversa une nouvelle fois l'équilibre du continent. Sous la direction d'Heyraclus, les forces alliées remportèrent une victoire majeure contre les royaumes non alignés. Le soutien décisif des nains de Kharaz-Ankor fit toute la différence, leurs armées lourdes et disciplinées brisant les lignes ennemies là où d'autres avaient échoué.
La fin de l'Ère II fut également marquée par une série de rébellions humaines. De nouveaux royaumes parvinrent à prendre leur indépendance sur d'anciennes terres elfiques, souvent délaissées ou trop faiblement défendues. Ainsi émergèrent Klirnakrin, Teno, Cililt's et Beliocande.
Ces événements scellèrent le début irréversible de la décadence elfique.
Leur domination sur le continent de Ratmarie, autrefois incontestée, se fissurait de toutes parts. Le monde entrait dans une nouvelle ère, façonnée par l'ascension humaine et l'effritement des puissances anciennes.
Ainsi s'acheva la seconde ère : une époque de conquêtes, de fractures et de compromis imposés par la guerre, dont les cicatrices marqueraient le monde pour les siècles à venir.
La troisième ère : L'Âge du Changement et des Ombres
Elle fut celle des ruptures profondes et de la montée des forces démoniaques. Un âge de peur, de violence ouverte et de décisions irréversibles.
Au début de cette ère, sous l'impulsion du royaume de Pazoil, les humains commencèrent à chasser les elfes de leurs propres villes. Beaucoup partirent sans résister, mais certains refusèrent l'exil.
Cette tension latente explosa lors de ce que l'on nomma plus tard l'Incident du Gué des Fermiers. Des elfes, venus réclamer des terres qu'ils considéraient encore comme les leurs, se livrèrent à un massacre d'une brutalité extrême. On raconte que la rivière en fut teintée de rouge durant plusieurs jours.
La réponse humaine fut immédiate.
Pazoil lança des attaques surprises contre plusieurs cités elfiques, déclarant de fait la guerre. Ainsi débuta la Grande Guerre d'Indépendance de Pazoil.
Les humains prirent l'avantage dès les premiers affrontements. Lors de la bataille de Teno, les armées elfiques furent prises de court et écrasées. Les nains de Durakheim, attirés par la promesse d'un trésor légendaire, le Diamant Bleu, la Veuve, le plus grand diamant jamais extrait, pesant 5 115 carats, envoyèrent leurs troupes en renfort.
Confiants, elfes et nains vidèrent leurs royaumes de leurs armées et lancèrent le siège de Turiena, cité réputée imprenable du royaume humain de Natrov. Les combats furent d'une violence inouïe. Mais contre toute attente, la défaite se dessina pour les assiégeants. Les nains, les premiers, battirent en retraite.
L'alliance se brisa.
Les forces ennemies furent repoussées au-delà des frontières humaines, jusqu'à la grande forêt d'Épistolaris. Les humains se lancèrent à leur poursuite... et tombèrent dans un piège mortel.
Une vague de vengeance s'abattit sur les troupes avancées : embuscades incessantes, pièges invisibles, flèches surgissant de nulle part. Les soldats furent traqués, isolés, massacrés dans les bois. Une guerre d'usure, une guérilla sans merci.
Ce n'est que grâce à l'arrivée inespérée des renforts du royaume d'Isistas, aujourd'hui disparu, que la contre-offensive elfique fut finalement contenue.
Une victoire, certes.
Mais à quel prix.
La destruction partielle des forêts elfiques, dont naquit la tristement célèbre Trouée des Morts, plongea les elfes dans une fureur totale. Ils multiplièrent les raids, harcelant les humains en petits groupes, frappant vite, disparaissant aussitôt.
La fine fleur des armées de Pazoil et d'Isistas, rois et princes en tête, tomba dans une embuscade magistralement préparée, destinée à permettre à l'armée principale de prendre la rébellion elfique à revers. Le choc fut tel que le nouveau roi de Pazoil prit une décision radicale.
Il ordonna la construction du Grand Mur d'Honor, destiné à protéger durablement son peuple. Cette entreprise colossale coûta une ville entière, Honor, et engloutit une grande partie des réserves d'or du royaume.
Mais ce sacrifice força enfin les belligérants à s'asseoir autour d'une table.
La ville de Pazoil, hélas, ne survécut pas à ces compromis. Trop proche des terres cédées aux elfes, elle fut entièrement rasée. Ses pierres servirent à achever le mur.
Ce sacrifice permit néanmoins la signature du Traité de Pazoil, mettant fin au conflit.
Ces événements marquèrent également la disparition du plus puissant royaume humain de l'époque : Pazoil. La Tamarie, habile et prudente, avait quand à elle traversé la guerre sans s'y briser, pour en ressortir comme la puissance dominante, débordante de richesses et d'une force militaire à peine entamée.
Craignant une nouvelle guerre dévastatrice, et désireux de former un front commun suffisamment dissuasif pour empêcher toute reprise des hostilités elfiques, les royaumes humains prirent une décision sans précédent.
À l'unanimité, ils votèrent la fusion de leurs couronnes.
Un acte historique d'une rareté extrême, les unions étant bien plus rares que les scissions.
Ainsi naquit le Royaume de Tamaris, unifié, puissant, structuré en comtés.
Un rempart politique et militaire face à un monde désormais entré dans l'âge des ténèbres.
Les royaumes finirent par trouver un semblant d'équilibre. Une paix durable s'installa, parfois troublée par quelques escarmouches isolées çà et là, mais jamais par des conflits d'ampleur.
Rien de véritablement majeur ne vint briser cet ordre fragile... jusqu'à la Révolution Noire d'Ectul.
La Révolution Noire d'Ectul et l'Âge de la Ruine
La Révolution Noire d'Ectul bouleversa entièrement l'équilibre du continent.
En quelques années à peine, le monde tel qu'on le connaissait s'effondra.
Car après des millénaires de silence, alors que le monde avait fini par croire que son nom n'était plus qu'un vestige de légende, Aktronis se révéla de nouveau. Nul ne sentit sa venue, nul ne perçut le frémissement annonciateur de son retour ; il surgit comme une ombre revenue d'un passé que l'on pensait à jamais enseveli. Les siècles avaient effacé son souvenir, les royaumes avaient changé, les peuples s'étaient relevés... mais lui, patient comme la nuit, avait attendu son heure
Il frappa vite et fort .
Le grand royaume de Muméris, terre des géants et puissance la plus redoutée de Ratmarie, disparut. Ses armées furent balayées, malgré la présence d'Heyraclus Bornebus en leur sein. Les cités tombèrent les unes après les autres, réduites à des champs de ruines.
Le royaume elfique subit le même sort. Brisé, anéanti, il ne survécut que par l'exil. Les elfes se réfugièrent dans les montagnes, où ils parvinrent à préserver une force de résistance, discrète mais intacte.
Mais pour Aktronis, cela ne suffisait pas.
Il ne voulait pas seulement vaincre.
Il voulait toute Ratmarie.
Une réunion exceptionnelle des Gardiens fut convoquée dans l'urgence.
Le simple retour d'Aktronis avait suffi à les ébranler. Mais ce fut surtout le récit d'Heyraclus, la description de sa puissance et de sa volonté intacte qui les laissa sans voix.
Heyraclus ne pouvait guère agir désormais.
Sîn'gas, n'était déjà plus en mesure d'aider. Il avait été frappé de plein fouet par la Révolution centaurienne en Centaurie, un soulèvement d'une ampleur inédite qui menaçait l'équilibre de tout l'est de l'Archipel. Il avait dû appeler l'autre gardienne Mathilda en renfort, complètement dépassé par la violence et la complexité de la situation.
Les centaures, race à l'affinité magique la plus forte, étaient réputés puissants mais pourtant pacifiques. Contre toute attente, une faction radicale était sur le point de renverser toute la Centaurie, avec l'ambition claire de déferler peu à peu sur l'Archipel. Une perspective jugée absolument inacceptable. Les deux gardiens luttaient donc de toutes leurs forces contre une armée centaurienne déterminée.
Boromias le Jeune, dans sa sagesse, exprima que sa propre intervention, et plus globalement celle des Gardiens devrait être évitée. Il sentait que leur force collective pourrait devenir une faiblesse. Face à un ennemi tel qu'Aktronis, chaque faille serait exploitée, chaque hésitation transformée en arme. Ils ne seraient peut-être qu'un amas de cibles, et non un rempart.
Très vite, un consensus tacite émergea : l'Archelfe devait intervenir.
Lui seul semblait encore capable de s'opposer à Aktronis.
Il ne restait donc plus que l'Archelfe.
Et pourtant... il ne répondit pas vraiment.
Il évoqua la nécessité vitale de rester en Loria pour la protéger, parlant de menaces diffuses, de fragilités invisibles. Ses mots sonnaient juste mais quelque chose sonnait faux.
Lorsque Boromias, la mort dans l'âme, se proposa d'intervenir à sa place: il fut sèchement repoussé.
Trop sèchement d'ailleurs, car L'Archelfe le renvoya dans ses retranchements avec une dureté inhabituelle. Boromias se sentit presque insulté.
Heyraclus en fut troublé.
Pourquoi fuyait-il ainsi le combat ?
Et surtout... pourquoi crut-il percevoir, l'espace d'un instant, cette infime parcelle de peur danser dans son cœur une peur ancienne, enfouie là depuis des millénaires ?
Quand il croisa le regard de Mathilda, elle détourna aussitôt les yeux. Un geste bref, mais lourd de sens. Comme si elle portait un secret trop ancien, trop dangereux pour être partagé.
L'Archelfe évoqua également, en plus de la révolte des centaures, la montée en puissance des incidents liés aux pirates en mer des Coraux.
Heyraclus sentit son esprit se remplir de scepticisme : la marine d'Ecardia, aux ordres de Mathilda, ainsi que les navires du royaume de Tholdor, un royaume humain d'Egarnie, géraient déjà très bien la piraterie dans cette mer tropicale.
La réunion s'acheva donc sans décision claire.
Une vérité s'imposa à Heyraclus : Il était seul.
Seul face à la plus grande menace que l'Archipel n'est jamais connu depuis plusieurs millénaires.
L'événement connu sous le nom de la Grande Collision survint lorsque Heyraclus tenta l'impossible. Aux abords d'Eneas, il tendit un piège titanesque à Aktronis.
Le piège se referma... et donna naissance à l'un des affrontements les plus violents de toute l'histoire de l'Archipel.
Le duel qui s'ensuivit dépassa l'entendement. La terre se brisa, le ciel sembla se déchirer. Acculé, Aktronis lança un sort interdit qui entra en résonance avec le dispositif d'Heyraclus.
L'explosion qui suivit rasa, sur plusieurs dizaines de kilomètres, la majeure partie de Passata. Malgré les évacuations mises en place, près d'un million de vies furent perdues.
Heyraclus et Aktronis faillirent tous deux y laisser la vie.
Gravement affaiblis, incapables de poursuivre le combat, ils regagnèrent chacun leurs terres. Le monde, lui, ne se releva jamais vraiment.
La Première Guerre de Reconquête
Près de cent ans plus tard éclata la Première Guerre de Reconquête.
Elle révéla au monde la volonté inflexible d'Heyraclus : ressusciter Muméris et rendre aux géants la grandeur qui leur avait été arrachée. À ses côtés se tenait un héros, Bravius, dont la bravoure et le charisme rallièrent les indécis.
Autour d'eux se formèrent des alliances fragiles mais puissantes :
les peuples nains, certains royaumes humains, les elfes d'Istas, et les survivants géants de Muméris.
Ensemble, ils libérèrent Mirmotor des forces ennemies, puis lancèrent une campagne fulgurante. En peu de temps, près d'un tiers du territoire fut reconquis. L'espoir renaissait.
Mais Aktronis n'était pas vaincu.
Il quitta son trône maudit et mena lui-même la contre-attaque. Les armées alliées crurent l'emporter aux portes mêmes de Mirmotor... avant que tout ne bascule.
En moins de deux heures, Aktronis détruisit les remparts, mit l'armée en déroute et écrasa toute résistance.
Bravius tomba.
Avec lui mourut le dernier espoir immédiat de victoire.
Heyraclus ordonna la retraite. Malgré la défaite humiliante, il parvint à sauver une grande partie de ses troupes. Mais le sort était scellé.
Les dés étaient jetés.
Et Aktronis, désormais sans entrave, se préparait à relancer son grand dessein.
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