Chapitre 7
Nouvelle 7 : Le temps des élégances
457 mots · ⏱ 2 min
Blanche s’installa à table, son mari lui reculant poliment la chaise noire en fer forgé. Elle plia son ombrelle, qu’elle posa délicatement sur le côté. Hector, son mari, retira son haut-de-forme et s’installa en face d’elle. Elle sourit, retirant élégamment d’une main gantée la plume qui tombait devant son visage. Celle-ci reprit aussitôt sa place sur son chapeau sans plus la déranger. Un serveur vint à leur rencontre et présenta la carte à Hector. Celui-ci commanda un chocolat chaud pour Blanche, puis, pour lui, un café noir accompagné d’un croissant. Le serveur s’inclina avant de regagner l’intérieur de l’établissement, dont les ornements d’art nouveau encadraient la devanture.
— N’est-ce point magnifique, ma chère ? demanda Hector à sa femme en lui montrant de la main le bâtiment récemment rénové.
Blanche regarda attentivement les couleurs, les lignes et les courbes florales de la devanture, ainsi que le nom de l’établissement écrit en lettres dorées sur l’immense vitre, derrière laquelle apparaissait un comptoir tout aussi richement décoré.
— Oui, sublime.
Elle fut quelque peu distraite par le bruit des sabots sur les pavés de la rue qui longeait la terrasse, ainsi que par le murmure des badauds qui s’installaient aux tables de marbre voisines. Le serveur revint avec leur commande sur son plateau rond. Il déposa devant Blanche une tasse en porcelaine remplie d’un liquide épais, chaud et brun clair, puis devant Hector une tasse contenant un breuvage plus sombre. Il posa également le journal et une assiette sur laquelle reposait un grand croissant.
— Garçon, savez-vous si l’Opéra-Comique donne Manon ce soir, ou si nous devons subir les longueurs de Wagner à Garnier ? demanda Hector.
Le serveur s’inclina.
— Sauf erreur de ma part, c’est en effet Manon qui est à l’affiche de l’Opéra-Comique ce soir. Mademoiselle Emma Calvé y interprète le rôle-titre. Dois-je envoyer un commis vous réserver une loge ?
— Cela vous sied-il, ma chère ? demanda Hector à Blanche.
— Oui, parfait.
Le serveur s’inclina à nouveau avant de s’éloigner pour aller mander le commis. Blanche porta délicatement le breuvage chaud à ses lèvres, puis reposa sa tasse sur le marbre blanc de la petite table. Elle écarta légèrement le col haut de sa gorge d’un geste discret de son index et de son majeur gantés de peau fine.
— Cela est-il trop chaud ? demanda Hector, qui l’avait remarquée.
— Un peu, cher mari, fit-elle en s’éventant lentement avec son éventail de nacre et de gaze de soie brodée de fils d’or, qu’elle tenait suspendu à son poignet fin. Son mari ne la quittait pas des yeux. Elle fut quelque peu amusée de voir un tel regard posé sur elle, comme si cela faisait un moment qu’il ne l’avait plus regardée ainsi.
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