Défi Ouvert

Un texte à ne pas mettre dans les mains de n'importe qui

Halloween et son côté horrifique arrive dans 2 mois... (déjà !) Que dites vous de créer un texte (nouvelle, poésie, introduction d'un futur roman,...) qui fait trembler ou pleurer le lecteur ? De peur ? De dégoût ? De mauvais présage ?

Ouverture
30/08/2026 à 10:18
Clôture
30/10/2026 à 23:59
Longueur
100 à 15000 mots

Votre point de départ

Consigne

FAITES PEUR !
✅️ Texte horrifique, gore, terrifiant
✅️ mettez un avertissement, le texte, comme le mentionne le titre, n'est pas à mettre dans les mains des âmes sensibles
✅️ poésie, nouvelle, intro d'un roman,... tout style est accepté.

Votre participation

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Textes proposés

Participations 7

445 mots Participation reçue

La mélopée de Ligée

Glace gris argent
L’ombre cache l’abîme
Doux et sombre chant

À toi.
À toi que je n’aime pas,
à toi que je méprise,
ne t’approche pas de moi,
non,
pas si près ou tu ne pourras plus faire marche arrière,
tu seras englouti....
lentement,
dans mes abysses,
tes sens ne te serviront plus à rien...
tu entameras une lente...
et longue chute,
ralentie...
par une multitude de pics
et de crochets...
venimeux....
acérés.
Une chute?
ou une danse sanglante où tu t’étonneras d’être encore en vie.
En poursuivant ta dérive,
tu croiras avoir atteint les limites du supplice,
tu croiras avoir atteint tes limites,
mais ni la douleur.. ni la chute.. ne te tueront,
j’y veillerai.
Quand cette interminable plongée prendra fin,
tu ne seras pas soulagé pour autant,
parce que tu te verras,
toi,
misérable,
tel que tu es,
tel que tu as toujours été,
tel que je te vois,
maintenant,
devant moi
et seulement à ce moment..
tu connaîtras la douleur,
la vraie,
celle qui accompagnera chacun de tes pas désormais,
non,
je ne te prendrai pas la vie,
je n’en ai que faire,
je te mutilerai en piétinant ta raison,
danse langoureuse et sauvage,
jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une trace,
gluante,
visqueuse,
puante.
Je te laisserai la vie,
car tu ne sauras plus quoi en faire.
Non,
ne t’approche pas,
pas si près.
Peut-être qu’en chemin tu croiseras d’autres hères,
comme toi,
fats et imprudents
qui se sont, eux aussi,
approchés trop près.
Si près.
Vois ! leurs yeux vides,
leur démarche lourde,
vois !
ceux qui ne vont nulle part
sans jamais s’arrêter.
Vois-les et comprends,
tu seras des leurs d’ici peu.
J’ai lu dans leurs yeux et j’ai su,
comme je lis aujourd’hui dans les tiens.
Ne me demande pas qui ils sont,
plus personne ne le sait aujourd’hui,
pas même moi, pas même eux.
Je sais seulement qu’ils sont là où ils doivent être.
Là,
à chercher quelque chose sans savoir ce qu’ils cherchent.
Oui, je les y ai attirés.
J’ai respecté les règles de Harpie
et j’ai dit les mots,
comme à toi,
comme à chacun d’entre vous,
j’ai dit de ne pas s’approcher,
non,
pas si près,
mais ce faisant... je les ai attirés,
je connais des magies, des sortilèges et des sorts.
je sais des chants.
personne ne résiste longtemps.
Harpie me les confie
et je sais.
Harpie t’a choisi,
elle ne se trompe jamais.
Elle a vu,
elle t’a vu
et elle a su tes crimes...
alors ....elle t’a guidé vers moi,
Comme tant d’autres avant toi.
ensuite elle lisse ses plumes dorées
Puis repart,
Alors je sais
Et je prononce les mots…
2432 mots Participation reçue

L'Ombre

Une Ombre encapuchonnée semblait glisser entre les chaumières de Béaren. Son pas feutré était déterminé. Sa cape dansait au gré du vent laissant entrevoir un éclat grisâtre. Il ne lui manquait qu’une proie. Une seule proie à trouver. Son objectif était à portée de main. Le cœur noirci par la haine, par la soif de vengeance, l’Ombre se mouvait. Lentement. La haine n’avait pas encore consumé toute son âme. Elle cherchait un de ses rebuts, de ses déchets de la société que la justice laissait vagabonder en toute liberté. Cette âme vengeresse se voulait main de noblesse. Une noblesse contraire à toute bassesse régnant au sein du royaume d’Aektaross.
Un cri de détresse résonna dans les ruelles sombres. Un rictus fendit le visage de marbre éclairé par les lanternes à l’huile. Parfait. Sa proie était prête à connaître son destin funeste. Les réceptacles de sa haine n’étaient pas encore atteignables, cette ordure faisant office d’être humain fera l’affaire.
Son pas se fit pressant. Etrangement, l’écho de ses pas étaient inaudibles dans les ruelles pavées. L’imposante silhouette de l’Ombre semblait invisible à l'œil des passants.
La scène devant elle la fit arrêter. Une femme en guenilles, le ventre engrossé, était figée dans la poigne de son agresseur poussant des râles de plaisir, le corps secoué par les va-et-vient. Trois enfants partageant ses couleurs étaient tenus en joue par des dagues entaillant leur cou malingre. Ainsi, c’était l’Ombre et son peuple, les monstres… Eux qui méritaient de connaître les flammes de l’enfer.
Quatre proies pour le prix d’une, le destin lui souriait enfin. Un ricanement inaudible à l’oreille humaine résonnait dans les rues de Béaren faisait fuir les rats et les chats errants aux alentours. D’un geste fluide, l’ombre dupliqua ses dagues sacrificielles. Invisible au commun des mortels, l’ombre se faufila derrière l’homme qui continuait de molester sa victime, ses mains énormes malaxant et tordant allégrement sa poitrine.
L’Ombre perça son doigt laissant couler quelques gouttes de ce précieux liquide argenté sur ces dagues. D’immatérielle, l’ombre était devenue tangible. D’un geste de la main, trois dagues se figèrent dans la nuque de ces hommes. Elles la tranchèrent. Ils s’écroulèrent telles des poupées de chiffon dans un gargouillement guttural. Les cris d’effroi des enfants firent s’ouvrir les yeux de l’homme plongé dans son allégresse. Pris par la panique, il repoussa sa victime qui tomba à genoux, les descellant l’un de l’autre.
— Je suis là, derrière toi susurra l’ombre.
L’homme cherchait frénétiquement autour de lui. Il ne voyait rien, personne. L’Ombre effleura l’épaule de sa proie qui poussa un cri strident. Il chercha à s’enfuir. Les pieds pris dans son pantalon, l’agresseur heurta brusquement le sol. Dans sa chute, il s’entailla le bras sur une plaque métallique. Allongé sur le sol, entouré de gouttes de sa semence et de son sang, l’homme ne pensait qu’à sa survie. Il rampa.
La voix de l’Ombre s’éleva dans les airs, semblant envelopper sa proie.
— Avance mon petit lapin, avance. Amuse moi et peut être que je te laisserai choisir ton trépas. Je peux t’éviscérer et te pendre par tes intestins. Je peux t’égorger. Ou encore traquer tous ceux que tu aimes et t’offrir leur tête. Encore faut-il que des êtres puissent aimer un monstre tel que toi. Ooh, je peux t’émasculer, et te nourrir de ta fierté. Cette dernière proposition me plait beaucoup. Je frétille d’impatience.
Les larmes coulèrent le long des joues de cet homme réduit à l’état d’une loque. L’odeur de l’urine se maria avec ses fluides sur les pavés. L’Ombre se délectait de la détresse de sa proie. Encore quelques minutes d’amusement, se promettait-elle. Elle se rendit visible devant l’homme pour disparaître de nouveau encore et encore. Désespérée, la proie saisit un tubercule tombé d’un sac de jute et le lança. Le tubercule s’éclata au sol. Les yeux de la proie s’écarquillèrent.

*

Il avait atteint sa cible, mais ne l’avait pas touché. Il l’avait juste traversé. Cela était impossible, même dans un monde où la magie existait. Ce n’était que des histoires, des contes que l’on racontait aux enfants pour qu’ils acceptent de se coucher ; de ses histoires, de ses rites de passage que l’on se raconte au coin du feu pour se prouver sa bravoure. Et pourtant, l’homme le voyait de ses yeux. Les chants de la Destinée l'avaient prédit. Non, bien sûr que non, la liqueur lui montait au cerveau tout simplement. Il s’agissait juste d’histoires, de simples histoires.
L’Ombre, lassée, écrasa le dos de l’homme avec son pied.
— Je suis Lord Eardh, tu n’es rien d’autre qu’une illusion de mon esprit embué par la liqueur. Disparaît, je te l’ordonne. Se ragaillardi le seigneur
— Tttt, tiqua l’Ombre. Je suis la main vengeresse. La soif de la justice. Et vous Lord Eardh, appartenait aux déchets de la race humaine.
— Justice ? Foutaises ! La justice est à la main des enfants des dieux, pas des créations de mon esprit. Je suis Le Seigneur de ces terres, elles m’appartiennent tout comme les gueux y habitant. Cette femme, comme toutes les femmes posant pied sur mes terres ont l’honneur d’être mes catins, de répondre à mes demandes. Elle a souhaité résister. Justice aurait été d’égorger ses marmots, j’ai fait preuve d’une grande mansuétude.
— Très bien, messir, la justice a fait son travail. ironisa l’Ombre.
Le lord poussa un soupir de soulagement, cette illusion allait enfin disparaître. Avec un peu de chance, il trouverait une autre catin sur son chemin pour se soulager. Il l’avait bien mérité. D’un mouvement de main, l’Ombre en appela à la magie des Anciens.
Lord Eardh poussa un cri. Sa jambe droite avait explosé, les lambeaux de chair et des flaques de sang couvraient les pavés et les murs de pierres.
— Non, non, je vous en conjure, je ferais tout ce que vous voudrez mais cesser cette torture. Je vous donnerais des terres et coffres remplis d’or. Supplia le seigneur des larmes de peur et de douleur coulant le long de ses joues.
D’un claquement de doigt, le seigneur perdit sa verge. Les hurlements de douleur ne cessaient. Les lampes à huile s’allumèrent dans les chaumières, et les portes s'ouvrirent, offrant aux maîtres de maison le spectacle de la chute de cette seigneurie. Le seigneur avait perdu toute vigueur et toute prestance et ses sujets étaient témoins de sa déchéance. Les visages marqués par la jubilation ou l’indifférence face à ce spectacle étaient symboles de la noirceur d’âme de cet homme. D’autres spectateurs rentrèrent chez eux sans un regard pour la victime. L’Ombre, indifférente aux spectateurs qu’elle avait gagné, poursuivait sa torture, cautérisant les membres perdus pour faire durer son plaisir. Un dernier groupe, animé par la cruauté et la soif de vengeance, finit par se joindre à cette force qu’ils n’identifiaient pas.
Lord Eardh n’était plus qu’un tas d'os, de chair et de sang. Les hommes, un brault de vin à la main, festoyaient au-dessus de son corps.

*

L’Ombre s’en alla silencieusement. Elle n’avait que faire de ses hommes qui avaient allègrement pris part à cette séance de torture. Elle avait accompli son objectif. Ses hommes s’ajoutaient à sa liste de futures victimes.

*

La femme courait à vive allure à travers les rues pavées. Elle portait un de ses enfants et tirait les deux autres de ses bras. A bout de souffle, elle s’arrêta. Elle était suffisamment éloignée de son agresseur pour se permettre une pause.
— M’rci m’Dieu, m’rci sanglota-t-elle en priant.
Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Elle était victime d’un homme qui la violentait. Ses enfants menacés par ses complices. Les complices moururent et la jambe de son agresseur explosa. Personne n’était visible. Une force surnaturelle lui avait servi d’ange gardien.
Son souffle ralentissait progressivement. Le danger était passé. La mère de famille s’accroupit violemment au sol et enlaça avec force ses enfants. Son corps était secoué par des sanglots de soulagement.
Elle n’était plus qu’à quelques rues de sa chaumière, de son mari, où ils seraient en sécurité. Elle avança le pas pressé avec ses trois enfants.

*

Une Ombre glissait derrière eux. L’envie de sang, la soif de mort était intarissable. Elle jouissait de la souffrance qu’elle apportait. Ambrose les avait sauvées, cet imbécile. L’Ombre ne pouvait que le remercier. Tuer une proie qui se pensait enfin en sécurité, rien n’était plus exaltant.
L’Ombre franchit le perron de la maison sous les cris horrifiés de la matrone et de ses rejetons. Un sourire carnassier s’étira sur le visage vaporeux de l’ombre. Elle venait de découvrir sa surprise. Des lambeaux de chair et traces de sang tapissaient l’entièreté du salon, la tête du père de famille déposée en évidence au centre de la table en bois massif. Les mouches voletaient au-dessus de ce spectacle macabre.
L’Ombre apparut face à la famille éplorée. La mère, désespérée, s'interposa entre la menace et ses enfants. Elle tenta de frapper l’Ombre avec le tisonnier qu’elle avait attrapé.
L’Ombre éclata d’un rire froid et cruel. Cette misérable humaine était pathétique, comme si elle pouvait le blesser, lui.
L’Ombre attira l'aîné tremblotant vers elle, suivi du benjamin.
— Très chère, j’ai une proposition à vous faire. Choisissez lequel de vos enfants va mourir en premier.
La mère se jeta à genoux à quelques pas devant l’Ombre, l’implorant :
— J’vous s’pplie m’sieur, tuez pas mes enfants. J’f’rais tout c’q’vous voulez.
— Tic…Tac…Tic…Tac… l’horloge tourne ma chère. Je vais vous aidez à faire un choix.
Un claquement de doigt de l’Ombre et les deux enfants pris en otage se courbèrent gémissant de douleur. Ils agrippèrent leur pied.
— M’ma, M’ma, pleurèrent de concert les enfants.

*

Elle se jeta férocement en avant pour atteindre ses enfants, mais heurta un mur invisible. Elle cogna ses poings de toutes ses forces contre cette barrière.
— Edwin, Emine. Vot’ M’ma v’vous sortir d’la.
L’Ombre ricana.
— Mon message n’est pas encore passé. Pourtant, j’ai pris plaisir à exploser leur orteil. Etes vous prête à prendre une décision ?
La veuve lui lança un regard chargé de haine et de désespoir.
— Moi, moi pas mes p’tiots ; moi !
— Tic…Tac…Tic…Tac…
La jambe droite des deux enfants explosa dans une gerbe de sang et de lambeaux sous les cris déchirants de leur mère. Les mains en sang, les phalanges apparentes, son corps à bout de force glissa le long de cette barrière invisible qu’elle ne parvenait à briser.
La troisième enfant restait figée, les yeux écarquillés d’horreur.
— Peut-être bien que ces deux-là ne sont pas une motivation suffisante. Cette jolie petite proie va elle aussi rentrer dans notre jeu. Je ne voudrais pas qu'elle s’ennuie.
Elle fut attirée en direction de l’Ombre. La femme puisa dans ses dernière forces et s’interposa entre l’Ombre et sa fille.
— J’n’vous lais’rai pas faire mal à Lyara.
— Les règles du jeu, les règles de notre jeu, ne sont pas respectées madame. Voici votre pénalité.
Edwin et Emine poussèrent un cri silencieux. Un trou béant remplaça leur cœur. Ils s'effondrèrent tous deux dans une dernière étreinte telles des marionnettes.
Le corps de la matriarche se retrouva entaillé par de multiples plaies sanguinolentes. Elle ne put qu’assister impuissante au destin funeste de ces deux fils. Une part de son âme était brisée à jamais. Le fruit des nuits douces et langoureuses avec son mari, les êtres créés en son sein, ceux qui avaient grandis au rythme des transformations de son corps, n’était plus qu’amas de sang, de chair et d’os. Elle se sentait si vide. Son corps s’engourdissait. Son liquide vitale gouttait au sol, suintant à travers les interstices du plancher. Ils s’unissaient ainsi, nourrissant la terre. Finalement, sa souffrance n’aura été que fugace. Son âme meurtri par cette perte serait unie à jamais dans l’éternité du trépas. Elle ne put se satisfaire de cela, elle quittait sa fille Lyara seule au main de ce monstre cruel et sans âme. Ce monstre touché par l’enfer. Son visage tordu par la peur et la douleur commise par cet être fut sa dernière vision de ce monde funeste. Lyara, sa petite fée qu’elle laissait seule dans ce monde. Si seulement l’amour qui étreignait son cœur d’une douce chaleur depuis la première rencontre avec sa fille était plus puissant que cette créature.
— Lyara, maman t’aime ma chérie. Dit-elle dans un dernier souffle.

*

Lyara était horrifiée. Sa mère, son père et ses frères avaient tous rejoint la Voilée. La solitude était sa seule alliée. Mais elle savait, oh elle savait qu’elle ne tarderait plus à les rejoindre. Elle ne ferait jamais le poids face à cet être horrifique.
L’Ombre n’était plus visible. Elle souhaitait se jouer d’elle, tel un chasseur jouant avec sa proie, lui faire croire qu’elle avait une possibilité infime de survivre.
Elle ferma les yeux et pria. Pria la Voilée, pria le protecteur, pria les 9 divinités. Dans son désespoir elle pria même la Moira, enfreignant toutes les lois d’Aektaross. Elle pria pour souffrir le moins possible avant de rejoindre la Voilée.
Elle ferma les yeux si longtemps qu’elle en perdit la notion du temps. La lumière du jour traversa la membrane de ses paupières. Son ventre se tordait, affamé. Sa bouche était d’une sécheresse aride.
Elle n’était plus maîtresse de son corps, mais enfermée dans sa détresse.
L’Ombre ne la touchait pas. Ne lui parlait pas. Le silence l'entourait. Elle sentait l’humidité du sol. Une odeur métallique imprégnait ses narines.
Des coups retentirent contre la porte d’entrée. Le cœur battant, Lyara se recroquevilla encore plus. Les yeux brûlant de larmes et de fatigue, la jeune fille laissa échapper un sanglot. Des voix s’élevèrent appelant son père. Des voix connues et rassurantes pour Lyara qui fut prise par des soubresauts de plus en plus violents. Ses gémissements étaient de plus en plus forts. Elle n’osait espérer. Ces derniers instants lui avaient appris que l’espoir n’était qu’un rêve chimérique. Une illusion. Peu importe l’issue, l’orpheline serait perdante. Sa vie serait sauve, mais une plaie béante et suintante inonderait son âme ; brisée par la perte et cette nuit cauchemardesque. Ou bien la Voilée l’accueillerait à bras ouvert.
La porte s’ouvrit avec fracas. Des murmures étouffés par l’horreur du spectacle s’élevèrent dans la demeure autrefois pleine d’amour.
Deux bras doux et réconfortants l’enlacèrent. La voix de l’oncle Bérak l’enveloppa sans qu’elle ne puisse distinguer le moindre de mots. Les minutes défilèrent avant que Lyara ne relève la tête. Elle ne prononça aucun mot et s’agrippa à son oncle.
L’Ombre semblait avoir décidé de l’épargner. L’orpheline ne pouvait que craindre le moment où elle viendrait réclamer sa vie.
1423 mots Participation reçue

Fais un vœu

— Jo-yeux an-ni-ver-saire !
Leurs voix résonnaient encore dans mes oreilles.
La chaleur des bougies sur mon visage.
— Fais un vœu, Clémence !
Je souris. Un seul vœu pour une année, alors que j’en avais plein, des rêves.
Intégrer la police, partir en Écosse ou même apprendre à peindre.
La cire gouttait sur le gâteau.
Il était l’heure de tricher.
— Je souhaite que tous mes rêves deviennent réalité.
Je soufflai sous les applaudissements, puis m'imprégnai de la fumée âcre.

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DOSSIER N° 1568-26.
Rapport de constatation.
01 novembre - 02 h 56.

Lieu : impasse des Pendus, Sernaux.
Victime : Clémence Dubois - féminin - 25 ans.

Cause du décès : autopsie en cours.
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29 octobre.

La sueur perle sur mon front, mon t-shirt colle.
Le soleil se lève à peine.
Je tends le bras, tremblante.
Dans le creux de ma main, des dents. Mes dents.
Je les ai crachées une par une, gênée par les bouts durs qui se baladaient dans ma bouche.
Il y en a quatre.
J’aspire trop profondément, avalant une cinquième de travers.
La toux m’emporte sur le chemin de la salle de bains.
Je grimace devant le miroir, rapidement recouvert de buée et passe la langue sur l’emplacement vide de mes molaires.
Je fonds en larmes, plaque la main sur mon visage et m’agenouille sur le tapis.
Bienvenue dans ma vingt-sixième année…

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DOSSIER N° 1568-26.
Rapport d’enquête.

Renault Clio immatriculée EH-672-PM.
Retrouvée encastrée contre un poteau électrique.
Deux corps identifiés à proximité du lieu de l’accident.
Plaie à l’arme blanche.
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30 octobre.

Des hommes armés entrent de toutes parts.
Ils me cherchent.
Je crie.
Je me redresse dans mon lit.
Ma respiration est haletante, ma nuque trempée.
Foutu cauchemar !

Une douche et un café brûlant me soulagent.
J’attrape une feuille de Canson, déballe la palette offerte.
À défaut d’un rendez-vous rapide chez le dentiste, j’ai le temps de peindre.
J’étale du rouge.

La ventilation souffle dans la chambre, l’eau coule dans les tuyaux des radiateurs.
Un muffin au chocolat termine sa vie dans une assiette.
Un fracas retentit dans la maison.
Du verre est projeté au sol.
Je renverse la chaise en me levant, un cri coincé en travers de la gorge.
Mes jambes se ramollissent.
Je recule instinctivement vers la fenêtre.
Les pas se précipitent dans l’escalier.
Une décharge de chaleur me parcourt.
J’attrape mon sac à main.
J’ouvre la fenêtre et, sans réfléchir, je saute.

L’impact arrive sans tarder.
Je frissonne.
L’herbe me chatouille.
Mes mains brûlent.
Je me redresse aussitôt.
En un coup d'œil, je regarde la fenêtre.
Il est là. L’homme de mon cauchemar.
J’ignore qui il est, mais toute la nuit il m’a poursuivie.

Je renverse mon sac et y trouve les clés de la Renault.

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DOSSIER N° 1568-26.
Premiers éléments du rapport d’autopsie.

Examen de la cavité buccale : absence de cinq dents molaires (16, 17, 26, 36, 46).
Examen des téguments : perte de substance traumatique de l’hélix, avec destruction partielle du cartilage. Non compatible avec la cause de l’accident.
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31 octobre.

La police n’a trouvé personne chez moi.
Pourtant, je suis incapable d’y remettre les pieds.
J’accélère la cadence sur le bitume, un sac de courses sur l’épaule.
J’ai froid.
Une impasse d’immeuble.
Ma voiture est toujours cachée derrière les arbustes.
Estelle m’a ouvert la porte hier.
Je sors son trousseau de clés.
Quatrième étage, sans ascenseur.
Ma respiration s’emballe à chaque marche.
J’ai encore fait un cauchemar :
Estelle, morte, chez elle.
Je tremble en introduisant ma clé dans la serrure.
Je secoue la tête : ce n’était qu’un rêve !

— Jo-yeux an-ni-ver-saire !
La voix d’Estelle résonne dans ma tête.
Sous ses mèches rousses, j’avoue qu’elle me fait de l’effet.

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DOSSIER N° 1569-26.
Rapport de constatation.
01 novembre - 00 h 50.

Lieu : 6, résidence des Aigles Noirs, Sernaux.
Victime : Estelle Pois - féminin - 27 ans.
Cause du décès : autopsie en cours.
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Je souffle et j’ouvre la porte.
Rien.
Si ce n’est cette odeur ferrique désagréable.
J’ouvre la fenêtre.
— Estelle ?
Le salon est vide.
La cuisine également.
J’ouvre la porte de la chambre à la volée.
— Estelle ?
J’ai la salive pâteuse.
L’odeur s’est déposée au fond de ma gorge.
L’armoire.
Des empreintes de mains rouges recouvrent les portes.
Mon ventre se crampe.
Je sais ce que je vais y découvrir.
Cette nuit, je l’avais vue, accrochée à un cintre.
Des palpitations.
Je m’accroche aux poignées rondes, tire les battants.
Des gouttes m’aspergent.
Un poids lourd tombe sur moi.
Je poursuis ma chute en hurlant.
Je me débats, repoussant le corps qui m’écrase.
Le sang gicle de sa carotide. Chaud, poisseux.
Les coulées inondent le parquet.
Du revers de la main, j’essuie ce qui coule dans mes yeux.
Elle était là.
Comme la nuit précédente.
Je me libère sous les haut-le-cœur et m’agrippe au lit.
Qui ? Pourquoi ?
Mes chaussettes sont trempées.
Ses yeux ouverts me regardent.
Ma vision se brouille.

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DOSSIER N° 1569-26.
Rapport d’enquête.
01 novembre - 00 h 50.

Alerte émise par une voisine.
Deux corps retrouvés sur place.
L’un appartiendrait à Estelle Pois ; l’autre est en cours d’identification à la morgue de Sernaux.
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Un coup de feu retentit.
Suivi d’un second, dans la cage d’escalier.
Je me précipite dans la cuisine, empoigne un couteau.
Quatrième étage, sans ascenseur.
En contrebas, une étendue de bitume.
Le frigo ? Le placard ?
La porte s’ouvre, cogne contre le mur.
Les rideaux !
Mes oreilles bourdonnent derrière les longueurs de tissu.
— C’est toi qui a laissé ouvert ?
Des pas s’agitent dans le salon.
Je ne vois rien à travers l’épaisseur du rideau.
Une arme se charge.
— Réponds !
— Je ne sais pas, chef !
Les voix rauques s'entremêlent.
Souffler, inspirer.
M’enivrer du parfum floral d’Estelle.
Estelle.
Les larmes coulent.
Mes jambes ne me porteront bientôt plus.

— Putain d’incapable !
Un coup de feu.
Un corps tombe lourdement contre le rideau.
La douleur me transperce.
Le noir m’envahit.
Et ce bourdonnement qui se propage !
Je porte la main à mon oreille.
Il en manque un bout.
Mes doigts glissent, pataugent.
La balle ne m’était pas destinée. Pourtant il m’a eu.
Le filet coule le long de mon cou, jusqu'à ma poitrine.
La porte claque.
Le silence.

Je tire le rideau, chevauche le cadavre.
Cramponnée au couteau, je me précipite hors de l’appartement.
À chaque marche, je suffoque, épiant les alentours.
Je ne veux plus jamais fermer les yeux.
Je ne veux plus dormir.

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DOSSIER N° 1575-26.
Rapport de disparition - mineur.

Identité : Eliott Scott
Date de disparition : 31 octobre.
Dernière apparition connue : 23 h 45.
Circonstances : mineur perdu de vue par ses parents au cours de la soirée d’Halloween.
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Rouges. Blancs. Rouges.
La lumière des phares m’aveugle.
Le vent s’engouffre, siffle, fouette.
Je plisse les yeux dans l’obscurité.
Une silhouette est suspendue à la rambarde d’un pont.

Bleus. Blancs. Bleus.
Les pompiers.

— Fais un vœu, Clémence.
Estelle.
Je frissonne en écrasant la pédale.
Je t’aimais.
L’aiguille du compteur s’affole.
L’ombre s’est jetée derrière moi.
Un crissement de pneus.
Les klaxons.

Le moteur vrombit.
Les phares peinent à tracer le chemin.
Un nuage de buée, je remonte ton cache-nez.
Tu sentais si bon.

L’écran du téléphone éclaire l’habitacle.
01 h 20.
Un gâteau au chocolat mal photographié.
La barre blanche des notifications.
J’arrache l’appareil de la contre-porte.

Je crie.
Je tire le volant sur le côté.
Une voiture évitée.
La fumée âcre me fait tousser.
La vitre se referme.

L’écran s’est éteint.
Dans le reflet de l’appareil, une présence.
Quelqu'un, derrière moi.
Mon estomac se noue.
Je ne veux pas mourir.
N’en finira-t-on jamais ?
J’empoigne mon couteau, me retourne et…
— Des bonbons ou un sort ?
…l'abats de toutes mes forces.

La voiture a hurlé plus fort que lui.
Les glissières de sécurité crissent contre la tôle.
J’agrippe le volant et regarde dans le rétroviseur.
Un enfant me regarde, hagard.
Il tient son torse, d’où s’échappe le liquide.
Les bonbons roulent sur la banquette.
Le caoutchouc des pneus me prend au nez.
Putain, j’ai tué un gosse !

Je m’engouffre dans la ville.
L’éclat des lampadaires illumine l'habitacle.
Il gît dans son costume de squelette.
Qu’est-ce qu’il faisait là, bon sang !?
Mes ongles entament le cuir.
Ma Renault accélère.
La radio s’allume.
Je pousse le volume.
J’ai tué un gosse.
Putain !
J’écrase la pédale et me jette contre un poteau.
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Voyage autour du monde

Cela se passait au temps très lointain des grands-parents de nos grands parents, dans une contrée à l’autre bout du monde , ou dans notre contrée, je ne sais.
Sur la lande déserte non loin d’une haute colline couverte d’herbes rases, une silhouette évoluait dans les ténèbres de la nuit. Elle n’était éclairée que par la lune rousse.
Elle progressait lentement et silencieusement sur les chemins de lande. De loin, on dirait une de ces âmes en peine qui errent en longeant la mer des trépassés.
Mais, de plus près, celui qui la croisait pourrait la comparer à une dame vêtue d’une robe blanche.
Ce soir-là, mon ancêtre marchait lui aussi sur ces sentiers. Oh, il était courageux à ce qu’on m’a dit.
Seulement, cette fois, l’ambiance était oppressante dans ce cadre si beau durant la journée, mais si sinistre par les nuits durant lesquelles il y avait une chaleur sourde d’orage.
Vous imaginez-vous, vous même en train de marcher sur des sentiers de campagne, déserts, à cette heure tardive?
Tout paraissait calme, en un premier temps. Mon aïeul marchait sans crainte. Vous pensez, il avait juste 16 ans, l’âge où le mot risque n’a pas vraiment de sens. S’il avait su…
Soudain, l’orage finit par éclater et Yannig, c’était le nom de mon ancêtre, s’approcha dangereusement du bord de la falaise.
Quelque chose brilla à ces pieds. Il se pencha pour le ramasser et l’observer.
C’était un peigne sculpté dans du cristal. C’est impossible me direz-vous ? Qui peut se peigner avec un tel objet si fragile ?
Au moment où il le prenait dans ses mains, une voix surprenante retentit dans la nuit :
– Laisse ce peigne, il ne t’appartient pas 
Surpris, dans l’examen de ce mystérieux et magnifique peigne qui brillait sous le reflet de la lune, Yannig leva les yeux et regarda autour de lui.
Que feriez-vous à sa place ? Garder le peigne ? Le reposer sur le sol ?
Comme il ne vit pas qui a crié, il décida de mettre l’objet dans sa poche pour l’offrir à sa chère amie, plus tard.
Un silence oppressant se répandit à nouveau sur la lande.
Quelques mètres plus loin, il trouva un autre objet sur la terre du sentier. Cette fois, il s’agissait d’une broche aux couleurs irisées de l’arc-en ciel. Il décida de la ramasser aussitôt.
– Que fais-tu, simple mortel ? Tu oses porter la main sur un objet sacré !!! 
Cette phrase retentit dans le néant. Comme précédemment, elle a été prononcée sur un ton sépulcral, mais plus puissamment que la fois précédente.
Yannig, regarda à nouveau autour de lui. Son regard ne distingua toujours personne. Alors, il glissa le bijou dans sa poche. Il reprit sa marche mais de manière moins sûre qu’il y a quelques heures.
Soudain, un éclair zébra le ciel de part en part, tandis que le grondement du tonnerre retentit en simultané.
Distrait par la colère des éléments, Yannig quitta le sentier sécurisé et glissa brusquement dans le vide, en criant. En même temps que sa chute, un cri lugubre retentit dans la nuit, tandis qu’un coup de tonnerre particulièrement fort se fit entendre.
– Je vous avais prévenu, simple mortel ! 
Etait-ce une illusion dans la tourmente, Yannig ne le savait pas vraiment. Sa chute lui sembla durer de longues minutes avant de se retrouver étendu sur le sable, plusieurs mètres plus bas.
Quand il rouvrit les yeux, en reprenant conscience, il sentit une présence à ses côtés. Il réussit à se relever et à se mettre debout, sans ressentir la moindre douleur. Etait-il mort ? Etait-il vivant ? Il ne savait pas lui-même.
Une jeune femme se tenait debout devant lui. Elle ressemblait à la silhouette aperçue un peu plus tôt sur la lande. Qui était-elle ? Une « anaon » ou âme en peine, perdue dans le monde des vivants… Yannig n’aurait su le dire, d’autant qu’elle semblait muette…
Mon ancêtre observa un instant la jeune inconnue. Ses longs cheveux noirs ondulaient jusqu’au bas de son dos. Elle était habillée d’une longue robe blanche ornée de dentelle. Vous savez, il s’agissait d’une ces tenues que portaient les femmes de nos familles au XIXième siècle ou même avant. L’expression de son visage semblait impassible. Il commença à trembler de peur.
Sans un mot, elle regarda Yannig pendant de longues minutes avant de faire brusquement demi-tour et se tourna vers la falaise toute proche. Le jeune adolescent ne savait que faire. Mais soudain, il sentit une poigne de fer saisir son poignet et le traîner de force vers le bas de la falaise, dans laquelle il distinguât l’orifice d’une grotte. L’anaon le força à pénétrer dedans.
La jeune femme tenant Yannig par le poignet le poussa à progresser sans peur dans une suite de galeries et de cavernes, de gouffres et de précipices sans fonds. Au début, tout semblait silencieux au fur et à mesure qu’ils avançaient dans les profondeurs de la terre. Ils descendaient sans prendre le temps de faire la moindre pause, vers le centre de la terre.
Puis, au début de manière lointaine d’abord des bruits étranges se firent entendre. Yannig terrorisé ne pouvait que suivre en silence, son guide dont la silhouette devint lumineuse tandis que l’obscurité des cavernes devenait plus obscure.
Plus, le sol descendait vers les profondeurs de l’inconnu, plus les bruits devenaient distincts. Yannig comprit vite qu’il s’agissait de hurlements humains entre autres, voire d’animal.
D’après vous, de qui s’agissaient-ils vraiment ? De simples promeneurs perdus dans leurs promenades ? Ou plutôt de pauvres malheureux, morts peut-être, ou piégés dans l’entre deux mondes.
Plus les cris et les hurlements semblaient se rapprocher, plus Yannig sentait une peur effroyable l’envahir. Il commençait à trembler en marchant, tandis que la poigne de fer de l’anaon le poussait à avancer toujours plus loin dans les entrailles de la terre.
Ce qu’il découvrit soudain le terrifia comme jamais. Une créature gigantesque se tenait au centre d’une immense caverne.
Pourriez-vous me dire son nom si je vous la décrivais? Peut-être que oui, peut-être que non… On aurait dit au premier abord qu’il s’agissait d’un dragon cracheur de feu. Mais chose curieuse, il avait au lieu d’écailles sur le dos des poils, et une queue de félin.
Tandis que des âmes en peine semble-t-il, passaient devant lui, il crachait du feu sur certains individus hommes ou femmes, de façon aléatoire, semble-t-il. A chaque fois que la flamme jaillie de la gueule touche un individu, celui-ci disparaît d’un seul coup et de là où il se trouvait, Yannig ne pouvait le savoir.
Quand à son tour, terrorisé, toujours tenu par la main de fer de l’anaon, il passe en tremblant, devant la mystérieuse créature. Cette dernière le fixe du regard de manière si intense que Yannig en tremble de tout son corps.
Soudain, l’immense monstre, qui emplit de sa taille gigantesque un tunnel entre deux grottes, émet des sons étranges comme si une voix sortait de sa gorge :
– Comment est-tu arrivé ici, misérable mortel ?
– J’ai, je suis tombé de la falaise.
– Pourquoi  as-tu irrité les mystères sacrés ?
– Je n’ai rien fait, répond mon ancêtre d’une voix tremblante…
– Si, je le sais, ne mens pas, tu as irrité un être extraordinaire et sacré, par un comportement déplacé.
– Lequel ?
– Que cache-tu dans tes poches, minable mortel ?
– Rien, dis le jeune homme en touchant d’une main les objets qu’il a dans sa poche… 
Le dragon le regarda perplexe en respirant bruyamment. Yannig était figé par la peur. Soudain, la fumée, qui lui sortait du nez, enveloppa le jeune homme qui disparut à son tour de la caverne tandis qu’une voix sortit du néant retentit :
–  Tu dois rendre des comptes au propriétaire de ces objets.


II : Au cœur du palais mystérieux :

Terrorisé et tétanisé par une forte terreur que vous ne pouvez même pas imaginer, Yannig sentit tout son corps être enveloppé de cette vapeur sortie des narines du monstre de la grotte.
Il se retrouva soudainement dans un lieu mystérieux . Etait-ce l’autre monde ? Le monde des morts ? Le monde des dieux ? Un autre monde ? Le jeune homme n’aurait su le dire…
Le lieu dans lequel il se retrouvait à présent semblait être sous l’eau… On aurait dit un jardin sous marin gigantesque qui entourait un palais de nacre et de coquillages aux couleurs de l’arc-en ciel.
Sans savoir comment cela était possible, l’adolescent respirait comme s’il était sur terre. Etait-il mort ? Etait-ce un effet magique de la créature de la grotte ? Etait-il dans un monde magique des dieux ?
Il regarda attentivement le décor qui l’entourait… Le jardin sous-marin était circulaire. Des parterres d’algues de toutes les couleurs et de toutes tailles ou formes étaient soigneusement aménagés par d’invisibles jardiniers.
Des allées de sables fins serpentaient entre ces étalages de plantes marines. Yannig se met à avancer au hasard des sentiers bordés de jolies pierres blanches. Parfois, il croisait des poissons arc-en-ciel et des hippocampes chevauchés par des sirènes. Vous savez ? Ces êtres à torses et têtes humaines, et à corps de poissons !!
Sans un mot, le jeune homme progressait et par geste essayait de communiquer avec les créatures qu’il rencontrait. Curieusement, quand il cherchait son chemin. Il cherchait en fait à qui il devait rendre les bijoux ramassés sur le sentier de la lande.
Le chemin lui parait long et finalement, il rencontra des êtres semblables à des humaines. Ce sont des femmes vêtues de tuniques blanches… Il se demanda d’abord si ce ne sont pas des « anaons ». Puis, il se ravisa., en y réfléchissant bien. Yannig est loin d’être un ignorant ou un cancre.. Les silhouettes féminines qui évoluaient devant lui ressemblaient aux muses connues dans l’Antiquité et… éternelles.
Chacune d’entre elles portait un objet auquel elle semblait attacher une très forte importance. La première qu’il a croisé est une jeune femme dont les cheveux noués étaient maintenus par une couronne d’or. Assise à une table de cristal, elle semblait écrire quelque chose avec un stylet sur une tablette. Quoi donc ? Un poème épique ? Etait-ce Calliope en personne la muse de La poésie épique ? Une autre jeune femme se tenait une femme avec une couronne de laurier. Elle avait dans ses mains un livre avec le nom de Thucydide. On aurait dit Clio, la muse de l’Histoire. D’autres jeunes femmes, avec d’autres symboles divers.
Yannig, se plaça au milieu des jeunes femmes et a sortit de sa poche les objets ramassés à tort sur la lande quelques temps plus tôt : le peigne et la jolie broche. Il les montra ostensiblement au petit groupe de muses.
– Ces objets sont-ils à l’une d’entre vous ? Dit d’une voix tremblante le jeune homme
qui n’en mène pas large.
– Non répond d’une voix fluette Melpomène, la muse de la tragédie et du chant.
– Ce peigne et cette broche ne sont pas non plus les miens, confirma Thalie
– Ni les miens , assura Erato.
– Je vois, conclue Yannig. Merci pour ces réponses, mesdames.
Il décida alors de continuer sa route dans ce monde incroyable où tout semblait étincelant et irisé. Le jeune homme avançait à travers des couloirs et des allées.
Soudain, alors qu’il avançait d’un pas rapide, il sentit le sol se dérober sous lui. Ses jambes tombèrent dans le vide. Commença une chute vertigineuse dans l’inconnu

III : Le royaume de l’air

Tandis que Yannig tombait dans un vide effrayant, il essaya d’observer le décor qui l’entoure pour savoir s’il peut se rattacher à quelque chose. Mais il ne voit rien à quoi, il pourrait s’agripper. Alors, il se demanda combien de temps sa chute allait durer et s’il en sortirait vivant.
Brusquement des cris venus de nulle part se firent entendre dans le lointain. Ces hurlements stridents se firent de plus en plus proches. Bientôt, des ombres apparurent et obscurcirent la lumière du soleil aux yeux de Yannig.
Le jeune homme cligna des yeux et paniqua davantage quand il entendit des phrases retentissantes dans les airs :
– Qui a pris les objets ne lui appartenant pas ?
– Oui, qui a osé ?
Les hurlements lancés sur un ton criard et strident ponctués de rires cyniques se firent entendre de plus en plus près du jeune homme. Il sent la peur augmentée en lui, de plus en plus.violente. Sous le coup de l’émotion, son cœur se met à battre de plus en plus fort dans la poitrine et sa respiration devient plus saccadée.

Quand les deux harpies (car c’est bien de harpies qu’il s’agit) se rapprochent de lu, le frôlent même, le jeune tremble de peur. Elles continuent de hurler dans ses oreilles.
__ Qui a pris les objets ne lui appartenant pas ?
__ Oui, qui les a pris ?
Le jeune est terrorisé mais ne réponds rien, tandis qu’il continue de tomber.

Finalement, les deux harpies décident de le laisser et de cesser de le torturer, sans doute à cause de cause de silence.

Il se retrouve seul soudainement , alors qu’il continue de tomber.

Les filles de l’air

Cette solitude ne dure quelques instant. Bientôt, de nouvelles créatures apparaissent dans le ciel, sous le nuées ardentes du soleil. Ces êtres surprenant Yannig. Ce sont des hommes, des femmes, voire des enfants, qui semblent flotter dans les airs.

Ni en colère, ni gais, ils semblent juste curieux de voir qui est Yannig, cet humain qui traverse leur domaine.

Elles ne lui parlent pas, ne font que l’observer… en silence, au départ. Puis, un jeune s’approche de lui. Étonnamment, il lui ressemble un peu, avec ses boucles brunes. Il lui ressemble un peu, avec ses boucles brunes. Il prend les mains de Yannig et...frêne sa chute.

Le temps semble s’arrêter et Yannig découvre le décor qui l’entoure : un village flotte dans les airs apparaît à ses yeux. Les habitations sont magnifiques. Elles sont en verre et resplendissent sous les rayons du soleil.

Les minutes semblent durer des heures. Yannig se sent bien avec son ami.

Soudain, un hurlement se fait entendre dans le ciel et l’être de l’air lâche brusquement Yannig qui recommence à tomber.

Un immense dragon jaillit de nulle part. Il est imposant : ses écailles sont d’un rouge éclatant. Il crache du feu sans arrêt. Un panneau est accroché autour de son cou. Dessus, Yannig peut lire :
__ Qui a pris les objets qui ne lui appartenaient pas ?
__ Yannig est encore une fois terrifié et ne sait que faire.

Heureusement pour lui, un autre animal chasse le dragon et viens l’attraper par ses serres, stoppant sa chute du jeune homme qui commence à voir le sol en contre bas.

Le sauveur volant, qui n’est autre qu’un phénix, cet oiseau légendaire au plumage étincelant, le lâche doucement dans une clairière.

L’adolescent se met debout et salut de la main le superbe phénix qui reprend son envol vers le soleil.

Il observe le décor qui l’entoure : des ares entourent la clairière. Il avance à travers les herbes hautes et arrive dans la forêt. La lumière du jour a du mal à passer entre les feuillages des arbres de la forêt.

Puis, il se met à marcher sur le sentier de terre sur lequel il se trouve et se dirige vers le fin fond des bois.

Tout semble calme et… tranquille. Rien ne bouge en apparence seulement car soudain, quelque chose remue sur sa gauche. Qu’est-ce que c’est ? Yannig ne le voit pas encore.

Alors, que vas-t-il faire ? Il regarde dans la direction de ce qui remue. Comme il est curieux, il décide de sortir du sentier et de s’avancer vers ce qui bouge.

Il s’avance prudemment. Ses pieds foulent l’herbe verte et le mènent à un très bel arbre feuillu. En s’en approchant, soudain, il remarque quelque chose d’étonnant.

Un bras puis un visage se dégagent du tronc de l’arbre. Yannig, stupéfait, voit avec étonnement apparaître devant ses yeux une étrange créature: une silhouette féminine dont le corps semble être en bois et les longs cheveux en feuilles de couleur rose clair. Son visage se détache à la naissance des branches. C’est une dryade, une créature de la forêt. Elle sourit à ce jeune humain qui lui fait face. Il la regarde un instant avec émerveillement sans oser dire un mot.

Le silence est rompu par la voix cristalline de la dryade :
– Auriez-vous trouvez ce que j’ai perdu ?
– Seraient-ce ces objets, demande le jeune homme, en montrant ce qu’il sort de poche : le peigne et le bijou trouvés sur le falaise près de son village.
– Oui, ces objets sont bien à moi ! Merci de me les avoir rapporter. Je les ais prêté à une Néréide qui les a perdu dans le monde des humains.
– Je suis contente de pouvoir vous les rendre !
– Vraiment ?
– Oui ! Alors, sois-en remercier !
Elle claque des mains et disparaît, comme la forêt qui l’entoure, aux yeux de Yannig.

Le décor de la jolie forêt éclairée par des lumières irisées est remplacé par la lande couverte par les ténèbres de la nuit. Yannig sent une torpeur l’envahir, dans le même temps et s’endort.

Quelques temps plus tard, il se réveille dans la lande déserte. Il s’étire alors que la pluie à qui tombe achève de l’enlever à sa torpeur et aux mondes qu’il a traversé.

A-t-il rêvé cette aventure. Qu’en pensez-vous ? En tous cas, ce soir-là, il est rentré chez lui, peu hardi. Il ne s’est plus jamais aventuré sur la lande déserte la nuit et encore moins à ramasser des objets ne lui appartenant pas.
115 mots Participation reçue

Saut de joie

Kwkipiqzjddm c’est ma douce mélodie, je confonds les drames et le plaisir, ouvre moi ton coeur que je puisse le saisir, je ferais de ton bien le plus jolie des martyrs. J’ai catapulter ton nom sur le banc des pourris, où les compliments ne font que te haïr, tu es la poussières très facile à partir.

J’ai brisé le vase de la fleur de la vie, maintenant les fissures sont devenu de gros ennuis, j’ai crié fort pour pas te rendormir et que je vienne là où je peux te voir souffrir.

Ne t’inquiète pas, je te serrerais bien fort, je t’accorderais, du réconfort. Tu pourras sauter de joie et tomber comme un roi.

Lucas
757 mots Participation reçue

Les tableaux

23h10. La pluie ne cessait de tomber et je parvenais de plus en plus difficilement à visualiser la route. J’avais encore une bonne heure de trajet pour rejoindre Tom. Après son appel alarmant, je dus me résigner à passer une soirée tranquille au coin du feu, sirotant un bon whisky et lisant un roman policier. En effet Sarah, son épouse avait fait ses valises et était partie après leur énième dispute. Je ne pouvais pas laisser mon frère seul, même si la décision de Sarah était sans doute la meilleure qu’elle n’ait jamais prise. Bien qu’adorant mon frère, le fait qu’il soit maniaco-dépressif le rendait vite ingérable et invivable.
Les essuie-glaces balayaient énergiquement la pluie qui tombaient de plus en plus violemment contre le pare –brise. Soudain, un voyant s’alluma, la voiture se mit à tressauter puis plus rien. La panne ! Il ne manquait plus que ça. Je me retrouvais en pleine campagne, la nuit et bien sûr sans mon portable. Moi qui m’opposais à être dépendante de ces appareils que je trouvais trop envahissants, je le regrettais soudain amèrement.
Une lumière lointaine attira mon attention. Elle provenait d’un vieux manoir quelque peu vétuste. Bien que peu engageant, je n’avais pas d’autre choix que de m’y rendre. Je ne pouvais pas passer la nuit dans ma voiture et il fallait que j’appelle Tom. Je me dirigeai donc vers cette ancienne demeure qui me paraitrait sans doute moins sinistre si nous étions en plein jour. Trempée de la tête aux pieds, je dus courir jusqu’au grilles du portail. Le grincement qu’elles firent en s’ouvrant me donna la chair de poule. Arrivée au seuil de la porte, je frappai à plusieurs reprises espérant recevoir un bon accueil. J’entendis des pas se diriger vers la porte qui s’ouvrit sur un homme plutôt séduisant d’une quarantaine d’années. Il me fixait sans mot dire, un léger sourire aux lèvres. Je bredouillai quelques mots afin de lui expliquer ma situation. Il me fit entrer et je ressentis aussitôt une sensation de malaise. Cela devait être la fatigue, j’étais exténuée. De plus, je rentrais dans une maison parfaitement inconnue.
Il m’invita à m’asseoir près du feu et me proposa une boisson chaude que j’acceptai volontiers. Après m’avoir annoncé qu’il n’avait pas le téléphone, il se présenta. Il se nommait Luc Valmondi. Veuf depuis dix ans, il passait son temps à peindre des tableaux qu’il exposait dans son salon. Bien que n’étant pas une grande amatrice d’art je pus constater la noirceur de ses œuvres représentant des scènes de tortures assez barbares. Malgré cela je trouvais cet homme fascinant oubliant presque pourquoi j’étais ici. J’étais comme hypnotisée par ses paroles.
Venant de terminer ma tasse de thé, je me levai pour me diriger vers l’un de ses tableaux représentant une femme baignant dans une mare de sang. Le réalisme de cette œuvre me donnait froid dans le dos. Je la contemplais quand soudain je fus prise de vertiges. La sueur ruisselait sur mon front et j’avais cette étrange impression de pesanteur sur ma poitrine. Le visage de la femme du tableau se tourna vers moi et s’écria : « FUYEZ ! ». Puis ce fut le trou noir.
J’étais dans un grand lit, il était assis à coté de moi, me caressant les cheveux. C’est en le regardant dans les yeux que je compris que plus jamais je ne sortirais d’ici. Je pouvais fuir ou me battre mais je ne trouvais pas la volonté. J’étais sous son emprise. Je sentis son souffle glacial dans mon cou, ses doigts aussi froids que des glaçons glissaient délicatement sur ma peau me faisant frissonner de plaisir. Puis la force de ses canines transperça ma carotide me plongeant dans une sorte de transe. Mon âme partait petit à petit de mon corps au fur et à mesure qu’il se nourrissait de mon sang.
Je me réveillai quelques minutes après ou quelques heures. J’avais complètement perdu la notion du temps. Il était là dans le salon tenant compagnie à une jeune femme rousse à qui il se présentait. J’étais comme invisible. La jeune femme contemplait les tableaux comme je l’avais fait auparavant puis elle s’arrêta devant moi : « Celui là à l’air encore frais, vous venez de le terminer ? » Il se contenta d’acquiescer, un léger rictus déformant ses lèvres.
Tout fut clair. Le tableau fraichement peint que la jeune femme admirait, c’était moi. J’étais condamnée à rester dans cette toile me représentant pour l’éternité. Et là je me mis à crier : « FUYEZ ! ».
4775 mots Participation reçue

Ceux qui grattent derrière les murs.

⚠️ AVERTISSEMENT : ÂMES SENSIBLES S’ABSTENIR
Ce récit contient des scènes d'horreur psychologique, des descriptions macabres, des mutilations, des manifestations surnaturelles et des situations particulièrement angoissantes, susceptibles de provoquer un profond malaise chez les lecteurs les plus sensibles, car certaines portes, une fois ouvertes, ne permettent plus à ceux qui les ont franchies de retrouver le monde qu'ils connaissaient.

Lorsque Marianne Delcourt hérita de la maison de sa grand-mère, au début du mois d'octobre, elle ne pouvait imaginer que cette demeure abandonnée depuis presque vingt ans conservait, derrière ses murs recouverts de papier peint défraîchi, quelque chose de beaucoup plus ancien que les souvenirs d'une famille disparue, quelque chose qui avait appris à patienter dans l'obscurité et qui attendait depuis des décennies qu'une personne suffisamment imprudente vienne enfin lui rendre la liberté.
La propriété se dressait à l'extrémité d'un chemin forestier que les habitants du village évitaient soigneusement après le coucher du soleil, non parce qu'ils croyaient véritablement aux histoires de revenants racontées par leurs grands-parents, mais parce que plusieurs promeneurs avaient affirmé entendre, certains soirs d'automne, des voix étouffées provenant des fenêtres condamnées, tandis que d'autres prétendaient avoir aperçu derrière les carreaux poussiéreux des silhouettes humaines dont les mouvements semblaient désarticulés, comme si leurs membres avaient été assemblés sans que personne se soit préoccupé de leur donner une position naturelle.

Marianne, qui venait de traverser un divorce douloureux et souhaitait recommencer son existence loin du tumulte parisien, considéra ces récits comme les superstitions ordinaires d'une population rurale attachée à ses légendes, jusqu'au moment où elle découvrit, en pénétrant dans la demeure, que toutes les portes intérieures avaient été recouvertes de longues bandes de tissu noir, soigneusement nouées autour des poignées, tandis que les miroirs étaient dissimulés sous des draps jaunis dont les extrémités avaient été clouées directement dans les boiseries.

Sur la table de la cuisine, parmi une épaisse couche de poussière que personne ne semblait avoir dérangée depuis des années, reposait une enveloppe portant son prénom, tracé d'une écriture tremblante qu'elle reconnut immédiatement comme celle de sa grand-mère, morte trois semaines auparavant dans une maison de retraite où elle avait passé ses dernières années à supplier le personnel de ne jamais éteindre les lumières.
À l'intérieur se trouvait une seule feuille, dont les mots semblaient avoir été écrits dans une urgence désespérée, certaines lettres étant déformées par des taches brunâtres qui avaient traversé le papier.

Ma petite Marianne, si tu lis ces lignes, c'est que je n'ai pas réussi à convaincre le notaire de faire détruire cette maison, et je te demande de me pardonner de t'avoir laissé un héritage dont personne ne devrait jamais vouloir, car ce qui demeure ici ne ressemble à rien de ce que les vivants peuvent comprendre, et les morts eux-mêmes auraient préféré ne jamais en connaître l'existence.

Ne retire pas les tissus des portes, ne découvre aucun miroir et, surtout, si tu entends quelqu'un gratter derrière les murs, ne lui demande jamais qui il est, même si cette personne pleure, même si elle connaît ton prénom, même si elle emprunte la voix de quelqu'un que tu as aimé.
Le trente et un octobre, avant minuit, quitte la maison sans te retourner, car cette nuit-là, ceux qui attendent derrière les murs se souviennent qu'ils possédaient autrefois un visage.
Marianne relut plusieurs fois cette lettre avant de la déposer sur la table, partagée entre la tristesse que lui inspirait la détérioration mentale de sa grand-mère et l'étrange sensation d'être observée depuis les profondeurs de la maison, comme si quelque chose avait suivi chacun de ses gestes avec une attention silencieuse, attendant simplement qu'elle termine sa lecture pour reprendre une activité interrompue depuis trop longtemps.

Elle passa les jours suivants à nettoyer les pièces, à ouvrir les fenêtres et à faire disparaître les traces de cet abandon prolongé, découvrant sous les meubles des photographies anciennes sur lesquelles figuraient des membres de sa famille qu'elle ne connaissait pas, tous photographiés devant la même maison, à des époques différentes, mais présentant une particularité suffisamment troublante pour qu'elle finisse par étaler les clichés sur le plancher du salon.
Sur chacune des photographies, derrière les personnes souriantes qui posaient devant l'objectif, apparaissait une silhouette extrêmement maigre, dissimulée dans l'ombre d'une fenêtre ou derrière une porte entrouverte, dont le visage demeurait indistinct malgré la netteté du reste de l'image, tandis que ses mains, lorsqu'elles étaient visibles, semblaient posséder un nombre anormalement élevé de doigts.

Marianne rangea précipitamment les photographies lorsqu'elle remarqua que, sur le cliché le plus récent, pris quelques semaines avant sa naissance, cette silhouette se tenait derrière sa mère et posait une main démesurément longue sur son ventre arrondi.
La première nuit, elle fut réveillée par un bruit discret provenant du mur situé derrière la tête de son lit, un frottement irrégulier qui ressemblait au déplacement d'un petit animal prisonnier dans une cloison, mais qui se transforma progressivement en une succession de coups légers, espacés avec une précision presque méthodique, comme si quelqu'un cherchait à attirer son attention sans réveiller le reste de la maison.

Elle alluma sa lampe, posa une main contre le papier peint et sentit immédiatement, sous sa paume, une chaleur humide qui contrastait avec la fraîcheur de la chambre, puis elle recula lorsque trois coups furent frappés exactement à l'endroit où reposaient ses doigts.
Pendant plusieurs secondes, elle demeura immobile, incapable de décider si elle devait rire de sa propre nervosité ou quitter immédiatement la pièce, jusqu'à ce qu'un quatrième coup retentisse, suivi d'un bruit mou et prolongé évoquant le passage d'une langue sur une surface rugueuse.

Le lendemain, elle découvrit que le papier peint s'était légèrement soulevé derrière le lit, révélant une substance sombre et visqueuse dont l'odeur rappelait celle d'une cave envahie par des champignons, mêlée à une senteur beaucoup plus écœurante, celle de la viande oubliée pendant plusieurs jours dans un endroit humide.
Elle contacta un artisan du village, un homme nommé Victor Lemaire, qui accepta de venir examiner les cloisons après avoir longuement hésité au téléphone, mais lorsqu'il arriva devant la propriété et reconnut l'adresse, son expression changea si brutalement que Marianne comprit qu'il connaissait parfaitement les histoires entourant la demeure.

Victor observa les murs, passa ses doigts sur les boiseries et s'arrêta devant une porte condamnée au fond du couloir, dont les bandes de tissu noir avaient été retirées par Marianne quelques heures auparavant, avant de lui demander d'une voix presque inaudible si elle avait entendu quelque chose durant la nuit.
Lorsqu'elle évoqua les grattements, l'artisan pâlit davantage et lui expliqua que son propre père avait travaillé dans cette maison en 1978, à une époque où la famille Delcourt avait entrepris de rénover l'étage, mais que les travaux avaient été interrompus après la disparition de deux ouvriers dont les outils avaient été retrouvés dans une chambre entièrement vide, disposés autour d'une large tache rougeâtre qui semblait avoir traversé le plancher.
Victor lui raconta également que son père, revenu seul quelques jours plus tard pour récupérer du matériel, avait découvert dans une cloison une cavité remplie de dents humaines, certaines encore attachées à des fragments de gencives desséchées, tandis que d'autres semblaient avoir été arrachées récemment, leurs racines portant encore des filaments de chair.

Marianne, qui commençait à regretter d'avoir fait appel à cet homme manifestement impressionnable, lui demanda simplement de vérifier la chambre, mais Victor refusa de monter à l'étage lorsqu'il entendit, au-dessus de leurs têtes, un bruit de pas traînants accompagné d'un raclement humide qui semblait suivre leurs déplacements.
Il quitta la propriété quelques minutes plus tard, non sans lui recommander de dormir ailleurs jusqu'à la fin du mois, et Marianne le regarda s'éloigner en éprouvant une irritation grandissante contre ces villageois qui semblaient décidés à transformer une vieille maison en attraction macabre.

Pourtant, lorsqu'elle remonta dans sa chambre, elle découvrit sur le mur une empreinte qui n'existait pas quelques heures auparavant, composée de cinq longues marques parallèles dont les extrémités s'enfonçaient profondément dans le plâtre, comme si une main aux ongles particulièrement résistants avait tenté de traverser la cloison depuis l'intérieur.
Les nuits suivantes, les manifestations devinrent plus fréquentes, tandis que les grattements se déplaçaient d'une pièce à l'autre avec une régularité presque intelligente, s'interrompant chaque fois que Marianne approchait, puis reprenant derrière elle dès qu'elle se retournait, jusqu'à ce qu'elle commence à distinguer, parmi les frottements, des sons ressemblant à des respirations humaines.

Le vingt-sept octobre, alors qu'elle préparait son dîner, une voix de femme s'éleva derrière le mur de la cuisine, si faible qu'elle crut d'abord entendre la radio d'un voisin, mais suffisamment distincte pour qu'elle reconnaisse bientôt les intonations de sa mère, décédée d'un cancer lorsqu'elle avait dix-sept ans.
Cette voix prononçait son prénom avec la même tendresse que dans ses souvenirs d'enfance, répétant doucement qu'elle avait froid, qu'elle était enfermée depuis très longtemps et qu'elle souhaitait simplement revoir sa fille, tandis qu'un bruit de doigts glissant sur le carrelage accompagnait chacune de ses supplications.

Marianne s'approcha malgré elle, les yeux remplis de larmes, puis posa son front contre la cloison lorsque la voix lui rappela une berceuse que sa mère lui chantait autrefois, une mélodie si intime qu'elle n'en avait jamais parlé à personne, et qu'elle croyait avoir oubliée depuis des années.
Elle était sur le point de répondre lorsque les dernières paroles de la lettre de sa grand-mère lui revinrent brutalement à l'esprit, et elle recula en portant une main à sa bouche, juste au moment où la voix changea de tonalité pour devenir plus grave, plus rauque, traversée par un gargouillement qui semblait provenir d'une gorge remplie de liquide.
Derrière le mur, quelque chose se mit alors à rire, d'abord doucement, puis avec une intensité croissante, jusqu'à produire un bruit impossible, composé de plusieurs rires superposés, certains appartenant manifestement à des adultes, d'autres à des enfants, tandis qu'une dernière voix, beaucoup plus profonde, semblait rire à travers une bouche incapable de se refermer.

Le lendemain matin, Marianne découvrit que toutes les photographies qu'elle avait rangées dans un tiroir étaient désormais disposées sur la table de la cuisine, chacune retournée, et que des mots avaient été gravés dans le bois avec une violence telle que certaines lettres traversaient presque le plateau.

ELLE NOUS A ENTENDUS.
Elle décida de partir, mais sa voiture refusa de démarrer malgré une batterie récente, tandis que son téléphone affichait une absence totale de réseau, ce qui l'obligea à parcourir à pied les trois kilomètres séparant la maison du village, où elle découvrit que les habitants semblaient soudain éviter son regard.
À l'épicerie, une vieille femme lui demanda si elle avait déjà entendu les voix, puis lui saisit brutalement le poignet lorsqu'elle comprit que Marianne avait reconnu celle de sa mère, lui expliquant avec une terreur presque enfantine que la maison ne contenait pas des fantômes, mais quelque chose qui utilisait les souvenirs des vivants pour fabriquer des voix capables de les attirer.

Selon cette femme, la demeure avait été construite sur les fondations d'un ancien hospice détruit par un incendie au dix-neuvième siècle, dans lequel plusieurs malades avaient disparu après avoir affirmé entendre leurs proches décédés les appeler depuis les murs, et les rares documents conservés mentionnaient une chambre souterraine où l'on avait retrouvé des dizaines de corps étroitement serrés les uns contre les autres, leurs mâchoires ouvertes dans des positions impossibles et leurs doigts usés jusqu'à l'os.
La vieille femme lui expliqua également que les habitants avaient autrefois tenté de condamner définitivement la maison, mais que chaque destruction avait été suivie d'événements plus terrifiants encore, les ouvriers découvrant des murs qui semblaient se reconstruire pendant la nuit, des couloirs absents des plans et des portes donnant sur des pièces où résonnaient des centaines de respirations.

Marianne passa la nuit dans une petite chambre d'hôtel, déterminée à contacter un agent immobilier dès le lendemain, mais lorsqu'elle se réveilla au matin du trente et un octobre, elle découvrit avec horreur qu'elle se trouvait dans son propre lit, à l'intérieur de la maison, sans aucun souvenir d'avoir quitté l'établissement où elle s'était endormie.
Ses chaussures étaient couvertes de boue, ses vêtements sentaient la terre fraîchement retournée et, sous ses ongles, s'accumulaient de petits fragments de matière sombre dont elle préféra ne pas examiner la nature, tandis que la porte de sa chambre, qu'elle avait laissée ouverte avant son départ, était désormais fermée par une longue bande de tissu noir.
Elle tenta immédiatement de sortir, mais le couloir semblait s'être allongé pendant la nuit, les portes se succédant sur une distance qui dépassait largement les dimensions de la maison, tandis que le papier peint ondulait lentement sous une pression invisible, comme si les murs eux-mêmes respiraient.

Au rez-de-chaussée, les fenêtres ne donnaient plus sur le jardin, mais sur une obscurité épaisse dans laquelle flottaient des particules blanchâtres, et lorsqu'elle frappa contre une vitre, une main surgit de l'autre côté, pressant contre le verre des doigts si maigres que leurs articulations semblaient avoir percé la peau.
Marianne recula en poussant un cri, puis se précipita vers la porte d'entrée, dont la poignée tourna librement sans jamais actionner la serrure, tandis que derrière elle les murs commençaient à produire un frottement continu, semblable au bruit de centaines d'ongles raclant simultanément une surface dure.

Une première fissure apparut dans le plâtre du salon, suivie d'une seconde qui descendit lentement jusqu'au plancher, révélant entre les deux une matière rouge sombre parcourue de petites contractions, et Marianne comprit avec une répulsion absolue que ce qu'elle avait pris pour de l'humidité depuis son arrivée n'était peut-être pas de l'eau.
La fissure s'élargit, laissant apparaître une rangée de dents irrégulières implantées directement dans une chair luisante, puis une langue épaisse se glissa entre les morceaux de plâtre et se mit à explorer l'air avec des mouvements lents, comme si quelque chose cherchait à reconnaître son odeur.

Elle se précipita vers l'escalier, mais chaque marche produisait désormais un bruit spongieux sous ses pieds, et lorsqu'elle posa une main sur la rampe, ses doigts s'enfoncèrent dans une substance chaude qui se rétracta aussitôt, révélant sous le vernis craquelé une peau translucide traversée de veines noirâtres.
À l'étage, toutes les portes étaient ouvertes, donnant sur des chambres dont les dimensions avaient changé, et dans chacune d'elles se tenaient des silhouettes immobiles, tournées vers le mur, dont les épaules se soulevaient au rythme d'une respiration lente et collective.
Marianne reconnut parmi ces silhouettes les vêtements que portait sa grand-mère sur les dernières photographies prises avant son entrée en maison de retraite, mais lorsque la vieille femme se retourna, elle découvrit un visage dont la peau avait été tirée vers l'arrière, laissant apparaître une bouche immense entourée de dents disposées en plusieurs cercles concentriques.

La créature leva une main déformée et lui fit signe d'approcher, tandis qu'une voix douce, presque affectueuse, s'échappait de cette bouche monstrueuse pour lui expliquer qu'elle avait attendu si longtemps son retour, que la famille devait enfin être réunie et que personne ne serait plus jamais obligé de souffrir de la solitude.
Marianne recula jusqu'à heurter une autre silhouette, dont la tête se pencha lentement sur son épaule, et elle sentit contre son oreille une haleine chaude accompagnée d'une odeur de sang ancien, avant qu'une voix masculine lui murmure que les murs avaient faim depuis des années et qu'ils n'acceptaient plus de patienter.

Elle se dégagea avec violence, traversa le couloir en trébuchant et s'enferma dans sa chambre, où elle découvrit que le papier peint avait entièrement disparu, laissant place à une surface organique dont les contractions régulières évoquaient celles d'un immense poumon.
Au centre du mur situé derrière son lit, une ouverture circulaire s'élargissait lentement, bordée de lèvres épaisses couvertes de cicatrices, tandis qu'au fond de cette cavité apparaissait un visage humain dont les traits semblaient avoir été écrasés contre une membrane transparente.
Ce visage appartenait à Victor Lemaire, l'artisan venu examiner la maison quelques jours auparavant, et Marianne distingua parfaitement ses yeux exorbités, ses joues creusées et sa bouche qui s'ouvrait sans produire le moindre son, tandis que ses mains griffaient désespérément la surface intérieure du mur.

Elle s'approcha malgré sa terreur et posa une main sur la membrane, découvrant qu'elle était chaude et légèrement élastique, puis elle vit Victor secouer frénétiquement la tête avant de désigner quelque chose derrière elle.
Lorsqu'elle se retourna, sa mère se tenait au milieu de la chambre, vêtue de la robe bleue qu'elle portait sur leur dernière photographie commune, les cheveux soigneusement coiffés et les yeux remplis de cette douceur dont Marianne avait conservé le souvenir pendant toutes ces années.
La jeune femme sentit ses jambes se dérober sous elle, tant la ressemblance était parfaite, et pendant un instant la terreur céda la place à une douleur ancienne, celle d'une adolescente qui n'avait jamais accepté de voir disparaître la personne qu'elle aimait le plus au monde.
Sa mère lui tendit les bras avec un sourire tendre, lui promettant qu'elle n'aurait plus jamais à pleurer, qu'elles pourraient désormais rester ensemble pour l'éternité et que la maison leur offrirait un endroit où le temps n'existait plus.

Marianne fit un pas vers elle, puis un second, jusqu'à ce qu'elle remarque un détail qui n'appartenait pas à ses souvenirs, une petite déchirure au coin des lèvres de sa mère, dont les bords s'écartaient lentement à mesure qu'elle souriait.
La déchirure s'étendit jusqu'à l'oreille, puis traversa la joue dans un bruit humide, révélant sous la peau une seconde rangée de dents qui semblait pousser directement depuis les os du visage, tandis que les yeux de la créature se déplaçaient légèrement vers les tempes.
Marianne hurla lorsque la bouche s'ouvrit davantage, déchirant les derniers fragments de peau qui maintenaient les mâchoires en place, et elle comprit que la chose devant elle n'avait jamais possédé de véritable visage, mais qu'elle avait simplement emprunté celui de sa mère comme un masque devenu trop étroit.

La créature avança avec une lenteur presque cérémonieuse, ses membres s'allongeant à chaque mouvement, tandis que sous sa robe apparaissaient des formes humaines pressées les unes contre les autres, des visages minuscules dont les lèvres remuaient silencieusement sous la peau tendue.
Marianne saisit la lampe posée sur sa table de chevet et la lança de toutes ses forces contre la créature, qui recula en produisant un hurlement si aigu que les vitres éclatèrent simultanément, puis elle se précipita vers la fenêtre brisée et sauta sans réfléchir.
Elle s'attendait à tomber dans le jardin, mais son corps traversa une obscurité épaisse avant de heurter un sol humide et mou, et lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle découvrit qu'elle se trouvait dans une immense cavité souterraine dont les parois étaient entièrement couvertes de corps humains.

Certains semblaient morts depuis des décennies, leurs chairs desséchées adhérant aux os dans des positions grotesques, tandis que d'autres remuaient encore faiblement, leurs bras prisonniers d'une matière rougeâtre qui les maintenait soudés aux parois, leurs bouches ouvertes laissant échapper des plaintes étouffées.
Au-dessus d'elle, des centaines de visages émergeaient de cette masse organique, leurs yeux suivant chacun de ses mouvements avec une intensité insupportable, tandis que des doigts dépourvus d'ongles se tendaient vers elle dans un effort désespéré pour atteindre la seule personne qui semblait encore capable de se déplacer librement.
Marianne reconnut plusieurs visages aperçus sur les photographies familiales, puis celui de Victor, dont le corps était désormais presque entièrement absorbé par la paroi, avant de découvrir, au centre de cette assemblée monstrueuse, une femme âgée dont les cheveux blancs étaient disposés autour de la tête comme une couronne de fils argentés.
Sa grand-mère la regardait avec une tristesse infinie, et lorsqu'elle parvint à entrouvrir ses lèvres fendillées, sa voix n'était plus qu'un souffle presque imperceptible qui semblait lui coûter une souffrance inimaginable.

Elle lui expliqua que la maison n'avait jamais été construite sur l'hospice, contrairement à ce que racontaient les habitants, mais que l'hospice avait été édifié autour de quelque chose découvert dans la terre, une présence ancienne qui avait appris à imiter les êtres humains en absorbant leurs souvenirs, leurs émotions et leurs corps, jusqu'à devenir capable de fabriquer des maisons entières pour attirer ceux qui lui manquaient.
La vieille femme lui révéla également que les victimes n'étaient pas véritablement mortes, car la chose les maintenait dans un état de conscience permanent afin de se nourrir de leurs regrets, de leurs peurs et de leurs désirs les plus profonds, transformant chaque souvenir heureux en un instrument de torture destiné à les empêcher de sombrer dans l'oubli.
Marianne comprit alors pourquoi les voix derrière les murs connaissaient les secrets de sa famille, pourquoi sa mère avait pu lui chanter une berceuse oubliée et pourquoi les photographies montraient toujours la même silhouette, car cette présence ne se contentait pas d'imiter les morts, elle conservait en elle tout ce qu'elle avait dévoré.

Autour d'elle, les corps commencèrent à s'agiter avec une intensité croissante, tandis que la cavité résonnait d'un grondement profond qui semblait provenir des entrailles mêmes de la terre, et sa grand-mère lui indiqua, d'un mouvement presque imperceptible des yeux, une ouverture étroite située derrière une masse de chair palpitante.
Marianne s'y précipita, rampant entre des parois qui se contractaient autour de son corps, sentant des doigts glisser sur ses chevilles et des bouches invisibles effleurer sa peau, tandis que des voix familières la suppliaient de rester, lui promettant qu'elle retrouverait tous ceux qu'elle avait perdus si elle acceptait simplement de fermer les yeux.
Le passage déboucha finalement dans la cave de la maison, où elle retrouva l'ancien escalier de pierre menant au jardin, mais lorsqu'elle atteignit la dernière marche, une main surgit du mur et se referma autour de son poignet avec une force terrifiante.
Elle se débattit jusqu'à sentir sa peau se déchirer sous la pression des doigts, puis parvint à saisir un morceau de métal rouillé abandonné sur le sol, avec lequel elle frappa la main à plusieurs reprises, provoquant des contractions violentes dans les murs et un hurlement collectif qui sembla faire trembler les fondations.

La main finit par lâcher prise, laissant autour de son poignet cinq profondes marques violacées, et Marianne se précipita à l'extérieur au moment où la maison commençait à se déformer, ses fenêtres s'enfonçant dans les façades tandis que les murs se rapprochaient les uns des autres dans un bruit de craquement humide.
Elle courut jusqu'au chemin forestier sans se retourner, poursuivie par des appels qui empruntaient tour à tour la voix de sa mère, celle de sa grand-mère et celle de Victor, puis par un cri beaucoup plus terrible encore, un cri qui semblait contenir toutes les voix humaines emprisonnées depuis des générations dans les profondeurs de cette demeure.
Lorsqu'elle atteignit enfin les premières maisons du village, les cloches de l'église sonnaient minuit, annonçant la fin du trente et un octobre, et Marianne s'effondra sur le trottoir, incapable de prononcer un seul mot, tandis que derrière elle la forêt retrouvait progressivement son silence.

Les gendarmes découvrirent au petit matin une propriété parfaitement intacte, dont les fenêtres étaient fermées et les portes soigneusement verrouillées, sans aucune trace de dégradation, mais ils remarquèrent que le papier peint de la chambre principale présentait plusieurs taches sombres dont l'odeur les obligea à quitter les lieux.
Marianne fut hospitalisée pendant plusieurs semaines, souffrant d'un état de choc profond et de blessures que les médecins attribuèrent à une chute suivie d'une errance prolongée dans les bois, bien qu'aucun d'entre eux ne parvînt à expliquer la présence, sous la peau de son poignet, de cinq minuscules fragments osseux qui semblaient appartenir à des phalanges humaines.

Elle refusa de retourner dans la maison et demanda sa destruction immédiate, mais le notaire lui annonça que la propriété avait déjà trouvé un acquéreur, un couple de jeunes Parisiens qui souhaitaient s'installer à la campagne avec leur petite fille et qui avaient été séduits par le charme ancien de cette demeure isolée.
Marianne tenta de les contacter, leur adressa plusieurs courriers et finit même par se présenter devant leur domicile, mais ses avertissements furent accueillis avec une méfiance compréhensible, d'autant que les nouveaux propriétaires avaient déjà visité la maison à plusieurs reprises sans y constater le moindre phénomène inhabituel.
Quelques semaines plus tard, alors que l'hiver commençait à recouvrir les jardins d'une fine couche de givre, Marianne fut réveillée dans sa chambre d'hôpital par un bruit discret provenant du mur situé derrière son lit, un frottement irrégulier qu'elle reconnut immédiatement et qui lui glaça le sang avant même qu'elle comprenne ce qu'il signifiait.
Elle alluma précipitamment sa lampe, observa le papier peint blanc et remarqua qu'une petite bosse se formait lentement à hauteur de son visage, tandis qu'une chaleur humide semblait se répandre dans la pièce malgré la fenêtre entrouverte.

Trois coups légers retentirent derrière la cloison, suivis d'un silence suffisamment long pour qu'elle espère avoir simplement rêvé, puis une voix enfantine s'éleva dans l'obscurité, douce et tremblante, lui demandant si elle voulait bien ouvrir parce qu'elle avait froid et que sa maman ne répondait plus.
Marianne demeura immobile, les yeux fixés sur le mur, jusqu'à ce que la voix reprenne avec une tristesse insupportable, lui expliquant que les autres étaient méchants, qu'ils lui avaient pris ses doigts et qu'elle ne pouvait plus gratter suffisamment fort pour qu'on vienne la chercher.

Alors qu'elle s'apprêtait à appeler une infirmière, quelque chose se mit à remuer sous la couverture, contre sa jambe gauche, et elle sentit une pression lente remonter le long de son mollet, comme si une main glissait sous le drap depuis le pied du lit.
Elle repoussa violemment la couverture et découvrit, imprimée dans le tissu du matelas, la forme d'un visage humain dont la bouche s'ouvrait et se refermait silencieusement, tandis que deux mains minuscules poussaient de l'intérieur contre la surface blanche.
Le visage se déforma soudain dans un sourire immense, et la voix de sa grand-mère s'éleva depuis les profondeurs du matelas pour lui murmurer que la maison n'avait jamais eu besoin de murs pour retenir ceux qu'elle avait choisis, puisqu'il lui suffisait désormais d'habiter leurs souvenirs.

Marianne comprit alors, avec une horreur qui dépassait tout ce qu'elle avait éprouvé dans la demeure, qu'elle n'avait peut-être jamais quitté la cavité souterraine, que la forêt, les gendarmes, l'hôpital et les semaines écoulées n'étaient que de nouvelles images fabriquées pour entretenir son espoir, et que chaque tentative d'évasion permettait simplement à la chose d'apprendre une manière supplémentaire de la faire souffrir.
Elle porta ses mains à son visage et sentit sous ses doigts une légère vibration provenant de ses propres joues, puis une pression douloureuse derrière ses dents, comme si quelque chose cherchait à les pousser lentement hors de ses gencives.
Dans le miroir accroché face au lit, son reflet souriait déjà, alors qu'elle-même n'avait pas bougé les lèvres, et derrière cette image apparurent progressivement des dizaines de silhouettes qui se pressaient contre son dos, leurs visages déformés par une impatience presque joyeuse.

Elle voulut hurler, mais sa bouche refusa de s'ouvrir, tandis que son reflet levait lentement une main et posait un doigt sur ses lèvres, lui ordonnant silencieusement de ne pas faire de bruit.
De l'autre côté du miroir, une petite fille apparut alors, vêtue d'un déguisement de sorcière et tenant un panier rempli de bonbons, tandis qu'une femme souriante ouvrait la porte d'une vieille maison pour lui souhaiter une joyeuse fête d'Halloween.
Marianne reconnut immédiatement le hall de la demeure familiale, les boiseries anciennes et l'escalier dont les marches semblaient avoir retrouvé leur apparence ordinaire, puis elle aperçut derrière la femme une ombre démesurément longue qui se déplaçait lentement sur le mur.
La petite fille entra en riant, posa son panier sur une table et demanda si elle pouvait visiter la maison, pendant que la femme refermait doucement la porte derrière elle.
Marianne essaya de frapper contre le miroir, de prévenir l'enfant, de lui expliquer qu'elle devait s'enfuir avant que les voix commencent à l'appeler, mais ses mains s'enfoncèrent dans une surface chaude et visqueuse qui se referma immédiatement autour de ses poignets.
La dernière chose qu'elle aperçut fut la petite fille qui s'arrêtait devant le mur du salon, inclinait légèrement la tête et demandait à sa mère pourquoi quelqu'un semblait pleurer derrière le papier peint, tandis qu'une multitude de doigts invisibles se mettaient à gratter autour d'elle avec une excitation grandissante.

Et quelque part, dans les profondeurs d'une maison qui n'avait jamais cessé d'avoir faim, une nouvelle voix rejoignit les autres, une voix de femme qui suppliait désespérément qu'on ne l'écoute pas, qu'on ne lui réponde jamais et qu'on ne commette surtout pas l'erreur de croire qu'une personne qui vous appelle depuis l'obscurité souhaite nécessairement être sauvée, car certaines créatures n'imitent pas les vivants pour retrouver la lumière, mais simplement pour apprendre à ceux qui les entendent combien il peut être délicieux de mourir sans jamais avoir le droit de cesser de souffrir.

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